5 artistes qui auraient mieux fait de ne pas chanter en français

Les anglos saxons se moquent souvent de l’accent à couper au couteau de nos artistes francophones qui chantent en anglais. Qu’en est-il des anglophones qui tentent de chanter en français ? S’il existe des exceptions pour lesquelles l’accent prononcé apporte un certain charme aux chansons (« Je ne veux pas travailler » de Pink Martini), il faut bien reconnaître que la langue de Molière n’est pas nécessairement facile à chanter et l’exercice s’avère souvent casse-gueule.

  1. Wyclef Jean fait des fredaines

Ne me quitte pas n’est pas le titre le plus réussi de Brel. Et pourtant Dieu sait si j’adore Brel. Ecrite en 1959 (en pentasyllabes !) après sa séparation avec une maîtresse dont il était amoureux depuis des années, le grand Jacques « nous embarque avec lui dans la vérité tangible d’un moment de sa vie »*. Mais on ne pleurniche pas après une nana pour tenter de la récupérer! Quand c’est fini, c’est fini.  Édith Piaf disait d’ailleurs de cette chanson : « Un homme ne devrait pas chanter des trucs comme ça». Et Léo Ferré de surenchérir : « des perles de pluies venant d’un pays où il ne pleut pas, ça ne veut rien dire! ».

La version de Wyclef Jean, au parcours jusqu’ici irréprochable, ne convainc pas. D’abord par la production numérique et lisse, sans dynamique, aux antipodes de la version organique originale ; la boucle batterie funk parfaite et sans variation (même pas une cymbale, un contretemps ici ou là), l’horrible guitare (MIDI?), les « feel me, ahaha, listen to my guitar », le rap intenable en anglais à la fin.

Les passages vocaux à l’octave approximatifs, l’interprétation encore plus surjouée que celle de Brel et l’accent français du chanteur rendent le tout peu compréhensible.

Même pas envisageable pour accompagner le dîner.

  1. Michael Jackson fait un bide

Mickael Jackson, la dernière véritable star planétaire, chanteur et danseur incroyable dont le répertoire ne vieillit peut-être pas aussi bien que d’autres de la même époque, nous fait l’honneur de chanter en français mais on ne comprend pas grand-chose en dehors des refrains. Dommage.

  1. David Bowie vire sa cuti

L’homme qui a chanté Amsterdam (dans une version traduite en anglais) a tous les droits. Père de famille accompli dans la seconde partie de sa vie revendiquant l’improductivité de l’usage de stupéfiant dans le processus de création, David Bowie nous propose une version en français de son tube Heroes. Au-delà de l’incompréhensibilité générale du titre on se rend compte à quel point le français et l’anglais ne « swinguent » pas de manière identique, une question d’accent tonique.

  1. Chris Cornell tombe dans le 36éme dessous

Je viens d’apprendre le décès inopiné du chanteur de Soundgarden (ça fait un choc, j’avais échangé quelques mots avec lui en 2007 dans les loges du Pukkelpop). Au-delà d’une carrière hallucinante et pour se détendre un peu voici une version en français de son titre “Can’t change me”. Chanter en français ne fut pas sa meilleure idée. Peu importe, le reste de sa discographie est plus pertinent! On pense à lui.

  1. Robbie Williams fait long feu

Il sait que ses derniers albums ne sont pas bons. Celui qui comprend les paroles des couplets peut m’envoyer un mail ! Pour rire au coin du feu.

Il est temps d’être sérieux et d’écouter des titres où la langue française est au mieux de sa forme : https://www.olivierjuprelle.com/10-artistes-francophones-a-suivre-en-2017/

Es-tu d’accord avec cette liste? Existe-t-il d’autres exemples de chanteurs qui auraient mieux fait de ne pas chanter en français? Dis-moi ce que tu en penses dans les commentaires!

Olivier Juprelle

* Claude Lemesle – “L’art d’écrire une chanson” – p. 143

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Emmanuel Macron : l’extinction de notre culture francophone est en marche !

emmanuelmacron

Emmanuel Macron a déclaré que la culture française n’existe pas, que l’art français il ne l’a jamais vu.  Cela voudrait dire qu’il n’y a pas de langue française mais une langue en France qui serait multiple. La langue française est pourtant la sève de notre singularité. C’est une langue qui est parlée partout dans le monde, c’est un lien social qui nous permet de nous comprendre, de partager, de ne pas être étrangers les uns aux autres. C’est aussi une manière de penser.

La culture francophone est un bien commun que je porte dans mon cœur, que l’on se doit tous d’enrichir. Elle n’est pas immuable et son développement trouve ses origines dans un ingénieux mélange de notre histoire. Dire qu’il n’y a pas de culture française c’est nier tout cet héritage, c’est soutenir l’emprise du marché sur la culture, c’est considérer nos particularismes comme des produits manufacturés. La culture doit rester une exception du marché et la culture francophone une exception culturelle. C’est un rempart contre l’uniformisation provoquée par la mondialisation et par la prédominance des industries culturelles américaines.

Charles Baudelaire en parlait déjà au 19ème siècle : “La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien, parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou antinaturelles des utopistes, ne pourra être comparé à ses résultats positifs.”

Face à lui le Front National, qui pour le coup, revendique clairement dans son programme la volonté de valoriser le patrimoine français au maximum. Même au super maximum avec un risque clair d’isolement, de ghettoïsation.
L’équilibre se situe selon moi entre les deux, dans la croyance en nos saveurs, nos atmosphères, nos savoir-faire particuliers sans tomber pour autant dans la discrimination positive. C’est une véritable chance pour notre développement et notre rayonnement international.

L’approche dogmatique, matérialiste, d’Emmanuel Macron appauvrit notre patrimoine et notre industrie culturelle. Elle nous soumet aux lois du marché et nous empêche de redevenir exportateurs de culture. Avec Emmanuel Macron, l’extinction de notre précieuse et irremplaçable culture francophone est en marche !

Pour découvrir les perles de notre patrimoine francophone, je t’invite à lire l’article 10 artistes francophones a suivre en 2017

Question du jour, dis-moi dans les commentaires ce que tu penses de la position des deux candidats à l’élection présidentielle sur le patrimoine culturel francophone ? Je t’avoue être un peu désespéré! C’est ça aussi la communauté de ce blog, être en connexion les uns avec les autres et c’est souvent dans les commentaires que je reçois les meilleures suggestions.

Merci!

Olivier Juprelle
Guitariste, auteur-compositeur-interprète en chanson française

Voici la vidéo dans laquelle je parle de cette problématique :

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Comment être original quand on est artiste?

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Comment faire pour être original quand on est artiste, sortir du lot, plaire, avoir un petit plus, amener quelque chose de neuf, que l’on a pas encore vu et/ou entendu, qui accroche l’oreille et/ou la vue ?

Est-ce si compliqué d’écrire une chanson originale ?

De prime abord, cela nous paraît très simple : on enregistre des sons pour faire une basse rythmique qui au fond rappellent des bruits de chantier et on mixe le tout avec un quelconque bruit de moteur. On obtient alors une chanson qui n’a jamais été entendue auparavant.

Est-ce si compliqué de se comporter d’une manière nouvelle ?

Il suffirait, pour être bien remarqué visuellement, de se présenter complètement nu sur scène et de faire tout le concert sans se rhabiller. Evidemment, cela suppose que cela n’a jamais été fait, que c’est « neuf ».

Si l’on se penche sur cette chanson faite avec des bruits divers juxtaposés et plus ou moins ficelés en une « chanson », on peut se demander quelles sont les chances dans ces conditions d’avoir un grand succès. D’abord, on va penser qu’il n’y en a aucune parce que ça n’a pas l’air très sérieux. Pourtant, la dérision permet de se sentir libéré et le public peut être très sensible à cet effet de fraîcheur, comme en témoignent les succès historiques de Jacques Dutronc. De son côté, l’artiste qui écrit sans prendre ses compositions au sérieux peut se sentir libéré d’un poids énorme, qui est celui qui s’attache au fantasme de la création, qui est excessivement et pesamment « sérieux ». L’artiste peut alors prendre un certain recul par rapport à ce qu’il fait et c’est une force qu’il ne faut pas négliger.

Il se peut aussi que ça ne fonctionne pas du tout, le public n’y trouvant aucun repère, ne sachant pas identifier ce qu’il entend. Il y a donc là une relation très intéressante entre l’imitation et la création. Le groupe qui veut se démarquer avec du neuf se place d’emblée, qu’il le veuille ou non, dans une perspective historique, c’est-à-dire qu’il ne veut pas dans une première approche, être considéré comme un « clone » mais ne peut pas non plus s’empêcher d’imiter. Car les gens, artistes ou public, ont besoin de se rattacher à quelque chose qu’ils connaissent, qui existe déjà : tout le monde a besoin de repères. En créant une musique trop éloignée de ces repères, on perd les auditeurs et ça ne « mord » pas. Un groupe doit faire du neuf par rapport à ce qui existe, à ce que les gens ont l’habitude d’entendre, du neuf sans perdre le contact avec ce qui est déjà là. Il faut écrire des chansons qui ressemblent à quelque chose et on ne ressemble jamais à quelqu’un ou à quelque chose qui n’existe pas. Cette question de ressemblance est essentielle, parce qu’elle renvoie à une question de communauté, de famille, d’appartenance : lors des réunions de famille par exemple, on dit que quelqu’un ressemble à son père, à sa grand-mère ou à son oncle, bref, à quelqu’un qui le précède, qui était là avant lui. Les repères, le langage, l’air de famille, c’est l’appartenance à une communauté[1]. Le sentiment d’appartenance – dont le contraire est mieux connu : « l’exclusion » – est le souci majeur de notre époque. Il se fait que ce sentiment est conforté par la pratique musicale : autrefois, lorsqu’une communauté se réunissait et que les gens s’amusaient entre eux, ils avaient l’habitude de chanter ensemble, ou à tour de rôle, des chansons de leur répertoire familial ou communautaire ; c’est toute la question de la folk music, c’est-à-dire littéralement la musique pour les miens (« my folks » veut dire « mes parents »). Cette coutume de chanter ensemble des chansons identitaires s’est presque totalement perdue maintenant. Pourtant, le simple fait de chanter les chansons que l’on connaît nous rappelle des souvenirs communs et donc d’autant plus émouvants. En transposant cela dans le registre de la musique de masse, on retrouve quelque chose de cette charge affective : certaines chansons peuvent ainsi rappeler son enfance, son premier flirt, une période précise de vacances, une séparation, un disque que l’on a reçu où que l’on a offert, etc. La musique peut donc se charger d’une grande affectivité.

commentetreoriginalLa question de l’originalité (dans le style musical comme dans l’image globale) qui constitue mon propos peut donc être interprétée en termes de rapport à l’histoire, même si la présence de l’histoire n’est pas perçue comme telle. Le groupe doit être original pour être identifié et cette identification doit être fermement établie ; mais cette originalité ne peut pas être totalement dissociée de toute référence à ce qui existe déjà, au risque de verser dans la banalisation. Là se situe le problème fondamental. En effet, l’originalité a toujours quelque chose d’exceptionnel et cette « exceptionnalité » n’est pas toujours facilement décodable. Comment créer la surprise sans être vain ? Quelqu’un qui, comme Jacques Dutronc, composerait aujourd’hui une chanson du genre 500 millions de chinois et moi et moi et moi[2], ne surprendra plus autant car ce genre a tellement été fait que ce n’est plus exceptionnel, ça a été banalisé. Il y a donc une complicité objective entre l’expérimentation, c’est-à-dire le morceau qui semble arriver de nulle part, qui n’a jamais été entendu auparavant, que l’on ne sait rattacher à rien, mais qui fait un tabac et l’authenticité personnelle qui est en fait l’originalité absolue, le morceau de musique écrit par quelqu’un qui ne veut pas qu’on y touche. Dans les deux cas c’est exceptionnel, irréductible, singulier, imprévisible et c’est ça le drame : les groupes veulent être exceptionnels, singuliers et originaux et en même temps, ils ne veulent pas être n’importe quoi : ils cherchent des repères, ils cherchent une poésie nouvelle dans un langage ancien.

Avec l’accélération de l’histoire due au pouvoir des nouvelles technologies (enregistrement, diffusion, capitalisation et ré-écoute à volonté), le problème est que cette poésie nouvelle ne peut négocier sa nouveauté qu’en détruisant le langage ancien. En fait, c’est pour cela que la question de l’originalité prend un tel relief. Personnellement, cela m’est très souvent arrivé de composer une chanson que je trouvais totalement originale sur le moment et puis de la réécouter le lendemain et de me dire que « ce n’est vraiment pas terrible ». Mais le pire, le coup de grâce par excellence, c’est de faire écouter une chanson que l’on vient d’écrire et que l’on trouve « de feu » à une connaissance qui nous dit : « Ça ressemble à fond à… Ça me fait penser à mort à… Cette idée-là, tu l’a piquée sur le dernier album de… » ou encore : « on sent tes influences… ». Ce qui semblait original tombe alors vite dans la banalité, c’est la grande déception.

Pourtant l’originalité à l’origine n’existe pas. On n’est jamais original avant de commencer à apprendre le métier. On est original lorsqu’on parvient à se démarquer de quelque chose qui existe déjà, ce qui suppose tout un travail, tout un parcours. Il est donc normal de ressembler à quelqu’un d’autre. Mais comme personne ne veut être la face B d’un artiste connu, il faudra alors aller encore plus loin. Paradoxalement, l’histoire nous permet alors de nous situer pour mieux se démarquer. Car nous avons écouté les disques des autres et ceux-ci nous influencent dans notre manière de composer, ne fût-ce que par l’utilisation de la gamme majeure, de suites d’accords ou de sons déjà entendus. Le tout consiste alors à ne pas leur être tout à fait identique. Le paradoxe est qu’il faille d’abord accepter totalement de n’être qu’un imitateur, surtout dans les premières années d’apprentissage d’un instrument de musique et celles des premières compositions et qu’il faille ensuite – non pas s’obliger à être original de manière négative, en surveillant et en censurant les influences trop détectables – mais oublier qu’on imite, et se dire tant pis !… En faisant le pari que quelque chose d’original sortira de soi-même. Ce n’est qu’au prix de ce paradoxe, que l’originalité s’accompagnera d’authenticité, c’est-à-dire d’un « sens » qui puisse à la fois renvoyer à des repères communs et, parlant la langue de tous, dire quelque chose qu’on est le seul à avoir à dire.

En conclusion les artistes se situent par rapport à des acquis et donc une certaine tradition et c’est par rapport à cela qu’ils vont négocier leur identité. Rien ne sert d’être original pour être original car le public a besoin d’un minimum de repères. La question est alors de faire mieux que ses prédécesseurs, tout en inventant de nouvelles significations à ce « faire mieux ».

Olivier Juprelle, guitariste, auteur/compositeur/interprète en chanson française

[1] « La culture populaire est à elle-même invisible, elle n’a pas de distance en elle-même ; elle ne sait pas qu’elle est ‘populaire’, qu’elle est une ‘culture’ ou encore qu’elle véhicule l’identité et la mémoire d’une communauté (clan, tribu, peuple, etc.). De prime abord et le plus souvent, elle accède à une telle identité comme étant la ‘sienne’, par différenciation d’avec des ennemis tutélaires, les voisins d’en face, ceux de l’île au large, ceux d’une autre couleur, d’une langue, bref d’une autre identité-mémoire. […] La culture populaire est une culture qui ne se sait pas, qui ne passe pas par la médiation scripturale pour se présenter à elle-même comme dans la ‘culture savante’ : elle est tout entière dans le comment-vivre-ensemble : comment parler, comment rire, comment pleurer, comment faire la cuisine, comment manger, comment boire et se saouler, comment pleurer ses morts et les enterrer, comment se comporter selon son sexe, comment se marier, faire l’amour, faire et élever des enfants… chacune de ces activités identifie, à l’intérieur d’un vaste système de significations formant contrepoint entre elles, l’âme’, c’est-à-dire la mémoire et l’identité d’un groupe. » (Pierobon, 2001, 118 et 120)
[2] Chanson écrite par Jacques Dutronc qui voulait relever le défi de composer une chanson en 5 minutes.
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8 conseils clés pour bien FILMER un CONCERT

filmerunconcert

Le groupe TALISCO m’a demandé d’immortaliser leur concert à Bruxelles

Lorsqu’un artiste me propose de filmer un concert j’ai beaucoup de mal à dire non parce que j’adore faire ça. C’est pourtant un nouveau défi à chaque fois. Filmer un concert est loin d’être évident, surtout quand les budgets sont serrés. Il faut être créatif pour contourner les contraintes budgétaires et très organisé pour pouvoir mieux improviser le jour du tournage. Je partage avec toi aujourd’hui 10 conseils clés pour que ta captation de concert soit une réussite.

1. Simplicité

Un multicam de concert c’est le chaos. Je le dis à chaque fois mais quand tu filmes un concert c’est inutile de vouloir faire du cinéma. Le plus simple = le plus efficace = le meilleur résultat et SURTOUT le moins de temps en postproduction.

Découpage simple, mise en place simple. KISS comme disent les anglais : Keep It Simple Stupid. Une profession de foi ! Amen.

2. Bien choisir ses cadreurs

C’est eux qui vont faire toute la différence. J’ai eu l’occasion de travailler avec des cadreurs qui n’auraient pas réussi leur examen d’entrée à l’ERG et d’autres qui étaient diplômés de l’INSAS en tant que chef opérateur. Évidemment, la matière que tu vas recevoir au final et avec laquelle tu vas travailler sera totalement différente.

Il y a toujours des exceptions mais les bons cadreurs sont souvent bien équipés. Engage les avec :

  • Un boîtier full frame
  • Une ou plusieurs optiques série L stabilisée(s) verticale et horizontale
  • Une ou plusieurs cartes 64 Go
  • Des batteries de rechange
  • Et surtout un PIED ! Le nombre de mecs qui ont un boitier incroyable et qui n’ont pas de pied.

Un boîtier sans pied c’est comme un bon vin sans verre, un poème sans tristesse ou un guépard sans vitesse. Il faut un bon pied les gars, un bon pied !

3. Réussir ses contacts avec les interlocuteurs du concert

  • La régie. Tu as besoin de praticables à hauteur de scène pour pouvoir filmer les artistes à angle plat et un accès à ces praticables avec des marches sécurisées
  • L’ingé son. C’est lui qui va t’aider à enregistrer le son du concert. C’est aussi important, si pas plus, que l’image.
  • Le régisseur lumières. Il va falloir négocier avec lui pour avoir assez de niveau sur scène. Un cours en négociation préalable n’est pas superflu 🙂
  • La production du concert. C’est la production qui va te donner l’accès à un parking, une loge équipée avec une table et de l’électricité, des boissons et des snacks, une clé pour fermer la loge et des tickets repas.
filmerunconcert

Négociation avec le régisseur du concert de Talisco pour pouvoir placer un praticable dans la fosse. C’est le seul moyen de filmer les artistes à angle plat mais ça gêne souvent le public… Il faut donc trouver un compromis !

4. Filmer les balances

C’est mon petit truc à moi. La grande difficulté de la captation de concert c’est qu’on ne peut pas choisir le décor ni refaire la prise. Avec le public dans la salle, une fois le concert lancé on ne peut pas tout arrêter.

Filmer les balances permet d’augmenter le nombre d’angles sans gêner le public pendant le concert tout en restant dans une enveloppe budgétaire raisonnable. Pour Talisco nous étions 3 cadreurs et sur le montage final il y a 12 axes.

L’idée est de filmer tout ce qui n’est pas possible pendant le concert, c’est-à-dire les plans rapprochés, pour lesquels les cadreurs doivent être sur scène.

Pour être honnête ça marche une fois sur deux. L’artiste doit jouer le jeu. Il faut que le titre filmé soit joué au click, et ça il faut vraiment le vérifier en amont, en direct avec l’artiste. Les plans visage ne seront pas vraiment raccord, même si les artistes sont de bons comédiens, ils ne transpireront pas autant et auront moins d’énergie qu’avec le public dans la salle. Mieux vaut filmer les mains des musiciens. Attention, ils doivent porter exactement les mêmes vêtements, sinon la magie ne fonctionnera pas !

Une bonne source de plans de coupe : filmer les mains des artistes pendant les balances

5. Des horaires précis

Mon conseil principal : compter large. Il va y avoir des contretemps, du matériel défectueux ou manquant, des retards dans les balances, il faudra improviser sur le moment. Au mieux on est préparé au mieux on peut réagir. Prévoir un horaire avec une vraie pause pour manger, du temps pour vider les cartes et surtout pour se concentrer avant que ça démarre.

6. Prévoir une réunion avec les cadreurs

C’est important pour régler les boîtiers. Comme chacun a apporté le sien il faut ajuster les réglages pour ne pas trop galérer à l’étalonnage. L’idéal étant de demander aux cadreurs de le faire la veille mais il faut tout de même vérifier à chaque fois que c’est en ordre. Voici mes réglages pour un DSLR Canon :

  • 1920/25
  • Netteté : 0
  • Contraste : -4
  • Saturation : -2
  • Teinte : 0
  • Régler date et heure
  • Activer le son
  • Faire une balance des blancs

Tu pourras également leur communiquer tes envies en tant que réalisateur au niveau du cadre, des valeurs de plan que tu attends. Pour ça le mieux c’est de dessiner des croquis. Tu pourras ensuite leur expliquer tes attentes au niveau des mouvements de caméra. A l’épaule, rock’n’ roll qui bouge, statique ou avec un léger mouvement bien stable.

filmerunconcert

Le genre de croquis que j’utilise pour communiquer de manière plus efficace avec mes cadreurs

 

7. Rédiger un contrat

On l’oublie souvent, dans la précipitation des préparatifs, mais la répartition des droits et le montant du cachet doivent être négociés avant le tournage. Cela se fera en fonction de la licence d’exploitation de ces droits. Et le ping pong entre spécialistes juridique peut parfois prendre plusieurs jours.

Une journée de 12h t’attend. Ton matériel peut être cassé ou volé, tu auras ensuite un gros travail de synchro, de transcodage et puis de montage. C’est du gros taf qui demande une maîtrise réelle, une prise de risque. L’artiste va se servir des images pour gagner en visibilité. Ca va lui rapporter de l’argent. Il ne faut donc pas travailler au rabais. C’est une pratique courante dans le milieu de la musique.

La vidéo de concert est en plein boom. Le festival Coachella diffuse aujourd’hui 2 weekends de concerts en direct sur YouTube. Beaucoup d’artistes ont compris l’impact de la vidéo de concert dans leur communication. Tout le monde y gagne. Il ne faut donc pas sous-estimer ton savoir-faire. C’est l’artiste qui a de la chance de travailler avec toi et pas le contraire 🙂

8. Rédiger un rider technique

C’est un truc que j’ai compris avec l’expérience et qui me fait gagner beaucoup de temps en préparation. Le document rassemble tous les besoins d’un multicam (enfin presque tous). En l’utilisant tu n’oublieras rien et tout sera rassemblé dans un seul mail. Ça montrera ton professionnalisme pour démarrer sur une bonne note.

Voici un lien vers le rider que j’ai rédigé et que j’utilise à chaque fois. C’est gratuit! N’hésite pas à le compléter avec tes besoins et envoie-le à la salle dès que tu peux :

Clique ici pour télécharger mon rider technique spécial captation vidéo de concert

Et toi, quels sont tes envies lorsque tu filmes un concert ou lorsque tu as envie que ton concert soit filmé ? As-tu une anecdote, un conseil à partager ? Raconte-moi ça dans un commentaire, je les lis tous et j’y réponds à chaque fois!

A bientôt !

filmerunconcert

 

Olivier Juprelle, auteur/compositeur/interprète en chanson française et guitariste avant toute chose. A force d’amortir les coups sur les tournages de mes propres clips j’ai appris sur le tas et je réalise parfois des vidéos pour les artistes qui me font confiance, comme ici pour Dario Mars & The Guillotines, Talisco ou Saint-André

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10 artistes à suivre en 2017

artistesasuivre
 22/03/2017 – Article invité : Vincent Vanhoutte

LA SEMAINE DE LA FRANCOPHONIE bat son plein. Après mon article sur les 5 bonnes raisons de chanter en français il me semblait cohérent de proposer une sélection totalement subjective des 10 artistes à suivre en 2017. Artistes chantant en français, fallait-il encore le préciser?

  1. Albin de la Simone

De la douceur, une sorte de candeur parfois, pas mal d’humour entre les lignes. Jeux de sons et accords posés par ce claviériste compositeur attachant. Des petites histoires sur le temps qui file, sur les relations entre les êtres.

2. Camille 

Elle irrite ou elle suscite la curiosité. Dans l’expérimentation, cette chercheuse revient avec l’album «OUÏ» en juin. Tout en rythmique, elle continuera à créer de nouveaux territoires, parsemés de surprises.

3. Ivan Tirtiaux

Quelques dates à venir, présentant un nouveau répertoire pour l’album qui arrive. Ce jongleur de mots poétiques, sur des airs chaloupés riches en inspirations métissées propose une chaleur acoustique.

4. Fishbach

Parfois on aimerait se méfier des sensations du moment, mais on se laisse emporter par la voix particulière. Les nappes de synthés, les beats et riffs pop 80’s ne sont pas adressés qu’aux nostalgiques.

5. La Féline

Cela fait un moment qu’on l’observe du coin de l’œil, son dernier album Triomphe la met plus en lumière. Loins de l’ironie de ce titre, les compositions soutiennent avec classe les beaux textes, un univers délicat, parfois sombre, parfois aventureux… à suivre.

6. Benjamin Schoos

Fort de ses vingt ans de carrière, il vient faire un bilan et nous exposer dans une célébration de cette durée un éventail de ce parcours. Autrefois en anglais sous le nom Miam Monster Miam, cet hyperactif touche-à-tout a plus d’un tour dans son back-catalogue.

7. Témé Tan

Une jeune pousse qui pourrait devenir grande, ce bricoleur transforme le morose en comptine obstinante, fraîche et colorée. Attention ça risque de rester dans le fond de l’oreille.

8. Calypso Valois

Peut-on être «fille de» et ne rien en faire? En l’occurence la fille de Elli et Jacno est d’abord comédienne, elle prouvera bientôt avec un album qu’il y avait de belles idées à creuser…

9. Sacha Toorop

Encore de la tendresse, un spleen romantique… il revient après presque 10 ans d’absence sous son seul nom. Il nous embarque dans son voyage, et nous ravit par cette finesse, cette sincérité!

10. Clare Louise

Une autre voie à tracer, cette fois en français. S’il y a une base folk, elle joue en formule quatuor, privilégiant toujours les atmosphères intimes. Un nouveau départ?

Et toi? Dis-moi ce que tu penses de notre liste dans les commentaires. Quels sont tes coups de coeur francophones du moment?

vincentvanhoutteVincent Vanhoutte est passionné par la musique mais il est également auteur, comédien occasionel et ex-dessinateur. Il filme pas mal de concerts et les diffuse sur son compte YouTube https://www.youtube.com/v7nce

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Francophonie : 5 bonnes raisons de chanter en français

La semaine de la francophonie démarre aujourd’hui, l’occasion de prendre mon bâton de pèlerin et de partager avec toi les 5 raisons principales de mon tendre attachement pour la langue de l’amour.

1. Pour la diversité
« Imposer sa langue c’est imposer sa pensée ». Ce n’est pas de moi, c’est Claude Hagège et en gros ce qui suit aussi:
« Les américains ont voulu imposer l’idée selon laquelle un livre ou un film devraient être considérés comme n’importe quel objet commercial. Ils ont compris qu’à côté de l’armée, du commerce, de la diplomatie, il existe aussi une guerre culturelle. Le formatage des esprits est le meilleur moyen d’écouler les produits américains. Le cinéma représente leur poste d’exportation le plus important, d’où leur volonté d’imposer l’anglais comme langue mondiale. Les classes dominantes sont souvent les premières à adopter le parler de l’envahisseur. Elles espèrent bénéficier symboliquement de leur prestige et se convainquent de l’infériorité de leur propre culture. Ils ont l’impression d’être modernes, au-dessus du peuple, alors qu’ils sont juste américanisés » fin de citation. En gros le français est ringardisé par nos élites.
La musique connaît une homogénéisation progressive depuis 50 ans. Ici on s’intéresse au texte et l’anglais est clairement surreprésenté. On finirait par croire que c’est la seule et unique langue de la musique. Il faut réintroduire d’autres langues comme l’allemand, l’espagnol, le portugais, l’islandais, le flamand et évidemment… ma patrie : le français !

2. Parce que la notoriété des groupes belges francophones qui chantent en anglais ne dépasse pas le signal de botrange

L’artiste qui veut conquérir un maximum de territoires, s’exporter dans le monde, chante en globbish (j’ai découvert ça sur internet, c’est un mot-valise qui combine « planétaire » et « english »). Moi j’appelle ça de l’anglais d’aéroport quoi. C’est une version simplifiée de l’anglais et souvent l’accent va avec !
Les artistes qui ont percés en imitant ce qui se faisait aux EU, souvent jusqu’à la caricature, se comptent sur les doigts d’une main. Pour la grande majorité des autres, malgré parfois un réel succès local, c’est le mépris à l’étranger. On parle donc de microphénomène.

3. Parce que c’est notre patrimoine
Au même titre que la Bossa-Nova au Brésil, la chanson française est un savoir-faire local qui a connu un rayonnement international dans l’après-guerre. Piaf a chanté à New-York et Bowie a repris Amsterdam.
La chanson française fait partie de nos saveurs, nos talents, nos atmosphères. En la mettant en évidence on encourage ceux qui pourraient faire preuve de talent, d’envergure, qui pourraient manifester des idées nouvelles.
On crée une filière qui génère des revenus, qui fait revivre toute une industrie. On redevient exportateurs de culture en enrichissant notre patrimoine. On est gagnant sur toute la ligne.

4. Par insoumission face à l’hégémonie anglo-américaine
On annonce 800 millions de francophones d’ici 2050 (l’Afrique subsaharienne et équatoriale est en plein essor, c’est un véritable eldorado) et le français a tous les atouts d’une grande langue : langue officielle à l’ONU, dans l’Union européenne, à l’UNESCO, à l’OTAN, au Comité International Olympique, à la Croix Rouge Internationale. Le français est la langue des trois villes sièges des institutions européennes : Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg. C’est la langue de la culture, des grands penseurs, des grands auteurs. C’est la 3ème langue sur Internet.

5. Parce que les textes en français sont de bien meilleure qualité
C’est d’ailleurs un problème : écouter une chanson en anglais en fond en travaillant c’est possible. Dès qu’on passe au français, le texte nous interpelle, nous déconcentre. La qualité du texte c’est le petit plus de la chanson française. Et on a une sacré longueur d’avance. Un exemple ?

Et toi, dis-moi dans les commentaires ce que tu penses de l’importance de chanter en français ? As-tu des idées concrètes de résistance à suggérer ?

A bientôt!

Olivier Juprelle, auteur/compositeur/interprète en chanson française

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Voyage en Chine : le récit de mon incroyable tournée !

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Eh oui, Jérôme Mardaga et votre serviteur, nous nous sommes fait la Chine et nous avons revu en profondeur la musique de mon dernier album « Le Bruit et la fureur » pour que ça passe avec juste nos deux guitares.

Cette formule inédite a rencontré un grand succès devant des salles combles à Pékin, Shanghai, Wuhan, Xi’An, Tianjin, … Ca fait tout drôle de cartonner chez les Chinois. On a presque envie de vouloir reconquérir notre public belge, juste pour être sûr qu’on reste enraciné dans notre propre vécu, nos amours, nos histoires à la belge et notre goût prononcé pour des bières inexportables (sauf en Chine, vous l’aviez compris).

La tournée chinoise, j’en rêve encore, la nuit… plus de monde en une fois que sur la place de la Concorde un jour de grève générale. Et tous avec le sourire. Le choc de face ! Jérôme Mardaga a tout compilé dans un très beau carnet de voyage que j’ai décidé de partager avec vous. Tout y est, enfin presque…

PREMIER JOUR

Le vol m’a semblé court, côté fenêtre. Olivier a connu l’enfer. On a sifflé quelques très moyens cognacs. La Baltique et son découpage particulier comme paysage d’adieu à l’Occident au coucher du soleil. Je n’ai quasiment pas dormi. Sont apparues la Mongolie et enfin la Chine. Le survol de la Chine était vraiment étrange, relief plat avec d’immenses montagnes dans le fond et de drôles de villes quadrillées, où rien ne dépasse. Impression de jeu vidéo voire de circuit imprimé.

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L’aéroport de Pékin est gigantesque. Tout s’est passé en douceur à l’immigration, pas de questions, à peine un regard, un grand trait informe sur mon visa. Nous sommes pris en charge par Huiqi, une jeune chinoise qui parle français et qui est l’attachée de presse. Très sympa.

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L’hôtel est ok, pas miroitant non plus mais typique avec ses décorations rouges et or. Olivier a déjà explosé son sèche-cheveux. Nous nous trouvons dans un quartier attachant, parcouru d’innombrables ruelles piétonnes avec des tas de boutiques, des enseignes colorées, des restaurants. C’est à la fois moderne et délabré. La circulation est vraiment féroce et pourrait se résumer à un concert de Klaxon permanent. Il y a plein de crachats par terre. J’ai vu des chats dans des cages sur le trottoir. Il y a des voix dans des hauts parleurs partout et tout le temps et tu ne comprends rien. De la publicité, des diseurs de bonne aventure. L’atmosphère trop sèche vibre de vie. Et les chinois fument comme des turcs.

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On est allé dîner dans un grand resto, très bon et beaucoup trop en quantité. J’ai du mal avec les baguettes. Ensuite on a fait une ballade jusqu’à la Tour des Tambours et la Tour au Clocher. Bâtiments médiévaux impressionnants. J’ai enregistré le son des tambours. Un calme serein régnait sur la place rectangulaire qui sépare les deux tours. J’y ai pris mes premières photos de la Chine. C’est un curieux de mélange, à la fois vieux et moderne. Très sale. L’agencement des rues et des ruelles me fait penser à l’Amérique du Nord, alignement orthogonal, fouillis de câbles électriques. Les avenues et les trottoirs sont très larges et les ruelles sont bordéliques. Pas de sentiment d’insécurité, les gens ont l’air tranquilles. Je ne comprends pas un traître mot, ce qui accentue la sensation d’éloignement. Ensuite il nous a fallu dormir un peu, le drôle de sommeil du décalage horaire, l’impression de dormir toute une nuit alors que seulement deux heures se sont passées.

A la nuit tombée, nous avons expérimenté la fondue chinoise devant l’hilarité de la serveuse. Nous faisons tout de travers. Nous rions beaucoup, quelque peu incrédules d’être là. De retour à ma chambre, la 206, je contemple le lit, la petite fenêtre carrée bardée de ses volets rouges donnant sur la ruelle, les dragons dorés. Je me sens très loin de la maison. Je n’ai jamais été aussi loin. Et le décor insiste et me le prouve. Le jetlag s’occupe de saboter mon sommeil.

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DEUXIÈME JOUR

Café-croissant dans le Hutong derrière l’hôtel, petit lieu branché avec du jazz. Grand soleil froid. Tournage. Nous cherchons un spot qu’Olivier a repéré sur sa carte pendant deux heures sans savoir que nous nous y trouvions au départ. Il est très difficile de trouver un lieu dans lequel tu te trouves déjà. Nous déambulons dans le Temple de la Terre, immense et serein, verdure et vieilles toitures. Un cerf-volant rouge vif se détache sur l’azur. Nous revenons sur nos pas en taxi et déambulons dans le hutong ceinturant le Temple de Confucius, on s’y perd mais les photos sont belles. On s’installe finalement pas loin de l’hôtel en pleine rue pour filmer deux chansons, « Le Bruit et la Fureur » et « Les Mains qui tremblent ». Les passants s’arrêtent, photographient, filment, applaudissent.

 

Nous avons ensuite été conduits à la délégation de l’ambassade de Belgique dans le quartier des affaires. Grands boulevards, hautes tours, froid et impersonnel. Le délégué de l’ambassadeur nous a reçu, très aimable, visiblement ravi de nous recevoir. Beaux bureaux avec un poisson rouge dans un bocal carré sur la table de conférence. Thé vert pour tout le monde. Nous sommes invités à souper chez lui vendredi ou samedi soir, je ne me souviens plus. Il paraît que c’est le protocole qui veut ça… A l’entrée du bâtiment de la délégation, des militaires en armes (et pas du léger) nous ont fait le salut militaire, garde à vous et tout le bazar. Ils portent des chapkas absolument magnifiques mais il est interdit de les prendre en photo. Sinon prison. Comme nous l’a dit le Délégué, Philippe de son prénom, la Chine est un pays sous haute surveillance. Le gouvernement est extrêmement vigilant à tout ce qui se passe. Et les concerts de rock sont tout juste tolérés.

Ensuite direction soundcheck dans un petit théâtre où il fait très froid. On a fait connaissance avec nos homologues suisses et québécois. Cool de voir un peu de l’européen et du même métier que nous. Mais ce fut bref. Sur le chemin en voiture, Huiqi m’a demandé si je m’y connaissais en technique de son car il n’y a pas d’ingé-son !!! Les embouteillages sont gigantesques ici. Ça prend des plombes et ils roulent comme des ftdtctcgc !!!!!!!!! Donc en bref, ils organisent demain un showcase destiné à une centaine de journalistes et d’officiels triés sur le volet, ce truc est organisé à la minute près (genre vous montez sur scène à 11h26 et vous terminez à 11h42, je n’exagère pas) et ils n’ont pas prévu d’ingé-son. Je m’y suis donc collé.

 

Après ça taxi jusqu’à l’hôtel pour déposer le matos et filer dans un resto typique avec Huiqi. Menu en chinois, éclairage blafard aux néons et canard laqué. Assez fameux mais les quantités ne sont pas possibles. Je vais rentrer complètement gros !!! Olivier s’obstine à manger végétarien et il a trouvé ça dégueulasse. Ensuite nous avons erré dans les Hutongs (ce sont les petites ruelles innombrables qui quadrillent la ville, notre hôtel est dans un de ceux-ci) à la recherche d’un bar sympa. Que nous avons finalement trouvé pour y siffler deux Orval à un prix impossible. Je suis passé devant un bar ou il y avait plein de Maine Coons, à l’intérieur, un sur le comptoir, deux sur des tables, un autre sur une chaise. Au milieu des clients. On voit aussi des rats qui traversent les ruelles. Il est minuit. Le jetlag prend le relais.

 

TROISIÈME JOUR

Le matin il y avait devant l’hôtel, dans les jardins, des gens alignés qui faisaient une espèce de yoga sur de la musique orientale. Et tout ça à 15 mètres du périphérique intérieur déjà saturé par les embouteillages. Et puis, toujours dans les jardins j’ai remarqué, pendues dans les pins, des tas de cages avec des oiseaux à l’intérieur. Et à proximité de vieux monsieurs. J’ai compris qu’ils promenaient leurs oiseaux car toutes ces cages ne se trouvaient pas là les matins précédents. Vraiment particulier. Genre : « hé Chou ! As-tu pensé à sortir le merle aujourd’hui ? ».

Le showcase s’est déroulé comme sur des roulettes. On a bien joué le truc, “Amants passagers” et “Le bruit et la fureur”. On est arrivé tôt dans un froid glacial au théâtre, café, café, café et puis j’ai refait un soundcheck pour tout vérifier avant l’arrivée des invités. Un des amplis Fender déconnait à fond la caisse et je lui ai réglé son compte en tapant dessus. Beaucoup de monde, des journalistes, des officiels style ambassadeurs et tout ça. De longs discours traduits en chinois. On a fait la connaissance des autres groupes qui sont sur la tournée. Des suisses un peu à la masse mais charmants (Adieu Gary Cooper), les québécois rappeurs Webster, vraiment cools avec qui le courant passe vraiment bien et les français dont j’ai oublié le nom tellement ils sont ennuyants, compliqués et hautains après 30 secondes. Nous les Belges nous passons pour des gens un peu mystérieux et la musique qu’on propose va dans ce sens-là, planante et murmurée avec de belles guitares. Toute la délégation nous a félicité après la prestation. Ensuite photos, interviews, poignées de mains, bla-bla-bla. J’ai passé un peu de temps sur le toit du théâtre où siège une belle terrasse en bois d’où j’ai pu admirer l’enchevêtrement inextricables des maisons et ruelles alentours. L’air est calme.

Nous avons ensuite flâné dans un hutong blindé de monde avant de trouver le resto sur une grande avenue. Il fait beau mais assez froid. Ensuite retour hôtel et on a enchaîné directement sur le temple du Lama, à deux minutes à pied. Grosse claque. Genre pas un mot prononcé tout le long de la visite tellement le lieu est prenant et intimidant. Extrêmement apaisant aussi. Ça calme. Très très beau. Des odeurs d’encens, des tas de chinois qui font des offrandes, qui se recueillent. De là nous avons entamé une longue marche sur une grande avenue commerçante et j’ai vraiment senti la fatigue, mal aux pieds, au dos, envie de dormir. Mais il vaut mieux tenir le coup le plus tard possible pour enrayer le jetlag et le drôle de sommeil qu’il engendre. C’est dans le sommeil que le temps ne s’écoule pas pareil, c’est très curieux. Le cerveau refuse le fuseau horaire dans lequel il se trouve.

Nous nous sommes offert un resto un peu plus chic à la nuit tombée, bien caché dans les ruelles. Avec un vin rouge qui réchauffe. Et pour finir nous sommes partis à la découverte d’un nouveau hutong, désert, mal éclairé et glauque. On a trouvé un bar avec de la bonne musique et éclairé à la bougie. Dans les bars dans ces ruelles il n’y a pas de toilettes. Tu dois te rendre dans des toilettes publiques disséminées un peu partout. Ce qu’on y croise, ce qu’on y respire est parfois déconcertant. Retour dans le noir et dans le froid, les rues étonnamment désertes.

QUATRIÈME JOUR

Réveillé trop tard, 13h, mais première nuit complète, ça repose. On est allé vite fait se prendre un café croissant dans le hutong. Ensuite j’ai monté dare dare tout le matos dans ma chambre pour faire une répétition pour le concert de demain. Grosso merdo on a un set de 60 minutes et on est censé jouer 90 minutes demain soir à Tianjin. Je ne sais pas encore où on va aller trouver la demi-heure manquante. Mais bon, vu qu’ils ont la fâcheuse tendance à changer tout en dernière minute… Ils vont peut-être nous de demander de jouer 3 heures… Va y avoir de l’impro !

Ensuite on est parti avec Huiqi, notre chauffeur et notre Volvo diplomatique svp vers une des nombreuses universités de la ville, pour l’atelier dans la faculté des langues étrangères. Nous y avons fait la connaissance de Corinne, le prof de français, qui a organisé tout le truc. Entrée gardée par des mecs en uniforme, casques et armes, enfin soit. Nous y ont rejoins le groupe suisse, toujours un peu à la masse mais très sympa. Donc nous voilà dans une classe remplie d’étudiants chinois. Présentations et j’ai commencé par “Ostende”, les suisses ont suivi. Et puis on a eu droit à quatre exposés concoctés par les étudiants, sur la vie à Pékin, la scène musicale chinoise, … Questions réponses. Ils sont extrêmement timides, ils n’osent pas te regarder quand ils te parlent. Mais le tout avec humour et avec le sourire. Ensuite Olivier a chanté “Une fille m’a dit”. Et de nouveau questions réponses. Ils parlent très très bien le français, assez épatant. Mais très timides.

De là, alors que le jour tombe, direction l’appartement de l’ambassadeur et embouteillages interminables. Pékin est gigantesque, 4 fois la taille de Paris pour 22 millions d’habitants. On a acheté des fleurs pour madame l’ambassadrice et du vin pour l’ambassadeur, histoire de ne pas arriver les mains vides. En attendant qu’Olivier fasse ses emplettes, alors que le jour est tombé, je fais quelques pas autour de notre voiture. J’entends les échos lointain d’une musique très belle qui ondule doucement dans le froid du soir. A nouveau, gardes et barrières devant l’entrée de la résidence, ascenseur jusqu’au 12e étage. Accueil chaleureux par un majordome chinois, vestiaire, courbettes et tout le bazar. Philippe et Myriam nous accueillent vraiment chaleureusement, à l’amicale. Sont présentes aussi Huiqi, deux organisatrices du concert de demain à Tianjin, deux journalistes d’une grosse station de radio ainsi que Corinne la prof de français. Champagne, petit fours, caviar, saumon, appart de luxe, œuvres d’art dans des vitrines, meubles anciens, tableaux signés, marbres, colonnes orientales, vue imprenable sur la skyline de Pékin et la ronde des deux majordomes. Plus les gens en cuisine que nous ne verrons que très peu. Ceci-dit, tout se passe à la bonne franquette et avec beaucoup d’humour. Philippe et Myriam sont très sympas. En gros ils vont de pays en pays depuis 32 ans : Burundi, Zaïre, Comores, Canada, Rwanda, Chili, France, Chine, … Ils connaissent personnellement Philippe et Mathilde et se foutent tout doucement de leurs gueules. Marrant ! Je n’ose imaginer le loyer d’un endroit comme celui-là. Sur la table à manger, des cartons avec nos noms et des menus imprimés, le tout avec le coq wallon rouge en tête. Bons vins, bonne bouffe. La ronde des majordomes. En face de moi une journaliste qui ne me lâche pas une minute, à mon grand désespoir. Elle me pose foule de questions en anglais pendant près d’une heure et j’ai du mal à manger mes asperges à la flamande. Le dîner se passe et je me retrouve à causer avec Myriam de plus en plus en verve au fil des verres de vin blancs. Après le dîner, interview avec la journaliste et puis café, cognac, re cognac et l’ambassadrice qui ne s’arrête plus de causer. Pas de Ferrero rochers !!!!!! On n’ose pas lâcher la vanne 😉

Ensuite nous prenons congé et nous voilà dans le quartier chicos en train de héler un taxi pour rentrer. Direction Lama Temple et hôtel. Une fois rentrés dans notre secteur, direction boire des bières dans un club rock à proximité et de taper la discute avec un californien. On a fait la fermeture. La bière locale “Tiger” est dégueulasse et les chinois ne savent pas boire. Une fois bourrés, leurs yeux font des drôles de trucs. On essaye de ne pas trop rigoler quand même. Il est 4 heures du matin.

CINQUIÈME JOUR

Réveil pénible, nuit courte, c’est ce qui arrive quand on traîne dans les clubs de rock jusqu’à pas d’heure. Sortie à l’aube en solitaire pour un café et des cigarettes. Ciel gris, pas les nuages mais la pollution et le froid. Plein de gens qui attendent l’ouverture des grandes portes rouges du Temple du Lama. Tous les marchands d’encens et d’offrandes sont ouverts. De la musique dans la rue. J’ai remarqué qu’il y’a souvent, très souvent de la musique dans les rues. Des musiques calmes, ambient, j’adore. Il faut tout plier pour le voyage à Tianjin mais je laisse ma grosse valise ici. Je prends juste le nécessaire. Lui, notre chauffeur, passe nous prendre et nous voilà en toute pour la gare du sud. Qui par sa taille ressemble plutôt à un aéroport. Des flics partout, mitrailleuses, des chiens. Aussi les hôtesses des trains, magnifiquement habillées. Tu dois passer des contrôles, fouille au corps et tout le bazar. La gare est gigantesque. Les gens nous regardent, deux occidentaux avec leurs guitares et l’air égaré. Certains prennent des photos à la sauvette. Ce sont les filles d’Eurovista, l’organisateur du concert de ce soir qui nous accompagnent. Je n’ai pas réussi à retenir leurs prénoms. Hop dans le train et on file à 300 à l’heure vers Tianjin.

Le temps reste bouché, une drôle de lumière grise et jaune. Blafarde. Il y 10 degrés. Alors s’offre à moi un spectacle ahurissant. On traverse la campagne complètement plate et roussie par l’hiver. Les seuls arbres sont des espèces de baguettes soigneusement alignées. Il y a des champs dans lesquels on voit par moments des groupes de gens qui ont l’air de fouiller le sol. Et puis des espèces de villages miséreux qui ressemblent foutrement à des camps de travail. Les maisons sont comme les arbres, parfaitement alignées et les villages sont entourés par des murs. Et puis surgissent des tours très hautes, toujours parfaitement alignées, par groupe de 10 ou 15. Des tours d’habitation au milieu de rien qui surgissent dans la drôle de lumière polluée. On se croirait vraiment dans un film de science-fiction qui dépeindrait la vie humaine après un accident écologique catastrophique. Vision pessimiste d’un avenir pas si lointain, ce genre de chose. Ça m’a marqué. C’est glaçant. Il y a des rivières avec des troupeaux de chèvres et la surface de l’eau est jonchée de trucs en plastique, de morceaux de bois, de mousse. On se croirait tout à fait après un accident nucléaire. Paysage désolé, plat avec ces cités fantomatiques. Des gens vivent là- dedans… Tu as l’impression que tout est mort, vitrifié, que tout est pollué, empoisonné.

Et fatalement on arrive à Tianjin, petite ville de province de 12 millions d’habitants. Des tours très hautes, des ponts, à nouveau une gare gigantesque. Le taxi nous mène à l’hôtel et l’ascenseur me mène à ma suite, la 2709, au 27e étage. Je n’ose pas trop regarder par la fenêtre à cause du vertige. La vision est pareil que dans le train, fantomatique, inhospitalière, tout est gris et jaune, il y a cette drôle de brume translucide partout. Les voitures sont couvertes d’une fine couche de poussière sale. Les tours sont gigantesques, la ville est gigantesque. Même au 27e étage, c’est perte de vue des toits et des tours. Il n’y a pas de quatrième étage en Chine car le chiffre 4 symbolise la mort. Pas de 13e étage non plus. Et le rez de chaussée équivaut au premier étage. Donc j’ai une belle suite, salon, chambre, cuisine, le grand luxe. On est vite allé avaler un burger avec Olivier avant de piquer une sieste d’une heure. Et puis direction le théâtre accompagné d’une équipe de télévision, qui filme et dirige les moindres de nos faits et gestes. C’est marrant mais vite casse couille. Du genre attendez on va la refaire, pouvez-vous repasser par ici ou par-là, plus comme ceci ou plus comme ça. Vu que personne ne parle français, on rigole et on lâche des vannes.

A quelques pas de l’hôtel on débarque sur une immense esplanade avec un lac et des places, l’immense théâtre ultra moderne dans lequel on va jouer. A nouveau le spectacle est saisissant. J’ai l’impression d’une autre planète encore une fois. On dirait un site d’atterrissage de vaisseau spatial. C’est un décor de film de science-fiction. 2089 ou quelque chose comme ça. Je suis sur le cul. Je n’aime pas mais c’est fascinant. C’est archi moderne, archi propre, carré, courbé, sphérique, rectangulaire. C’est immense. On se lance dans le soundcheck dans la très grande et belle salle du théâtre. Amplis Marshall, on agence un peu le matos, on fait un beau plateau symétrique. On s’en sort bien avec le son. Mon boulot porte ses fruits, l’iPad est vraiment un bon outil. Bref ça marche. Malgré les barrières de la langue en une heure on arrive à un résultat qui nous plait. Mais la salle est immense…

Pendant qu’Olivier se détend un peu dans les loges, je sors un peu à nouveau pour marcher le long de l’esplanade de science-fiction. Je suis vraiment sur le cul. Avec la lumière, on se croirait dans un film. Genre l’espèce humaine à dû évacuer la terre et est arrivée sur une autre planète qui lui ressemblerait un peu mais les couleurs en moins.

Lorsqu’on monte sur scène, la salle est quasi comble. Énorme surprise. Et le public est réactif, clappe dans les mains et tout ça. On leur parle en anglais et notre premier concert remporte un franc succès. On est peu paf !!! Juste nous deux sur cette grande scène. Il y a même du public installé derrière nous en hauteur. Vraiment les gens aiment beaucoup. Pause 1/4 d’heure et on y retourne et l’ambiance est vraiment chouette. Rappel, saluts. On a bien joué. C’est un concert que je n’oublierai pas.

En sortie de scène des hôtesses nous offrent des bouquets de fleurs. Ensuite on va dans le grand hall où on est littéralement assailli par le public. Photos, autographes pendant plus d’une demi-heure. Les gens font la queue, tout sourires. Ça n’en finit pas. On a vendu tous les Cds qu’on avait apportés. Les gens ont l’air heureux, sont d’une gentillesse extrême, très respectueux et nous offrent des roses. On repartira les bras chargés de fleurs. Dont on ne sait pas très bien ce qu’on fera. Une autre planète. C’était vraiment cool, inoubliable. Franchement cela m’a ému. Ces gens m’ont ému. Je n’ai pas arrêté de dire merci.

Ensuite on devait encore faire une interview en anglais. Des gens nous attendaient encore à la sortie, re-photos et re-autographes… On est retourné à l’hôtel via la grande esplanade et à nouveau il y avait de la musique dans des hauts parleurs. On a trouvé un bouiboui familial ou manger et boire une bière ou deux. Des gens très gentils, il n’y avait que nous deux et la famille et ça a fini avec des photos et ils nous ont offert du whisky. Ils étaient très impressionnés par le fait qu’on s’était produit au théâtre. Et me voilà à 2h du matin vautré dans le canapé du salon de ma suite. Demain retour Pékin pour une date importante mais plus petite.

SIXIÈME JOUR

Retour à Pékin. Le soleil est là. Je range méticuleusement mes affaires et quitte la suite du 27e étage. Nous retrouvons notre Volvo diplomatique à la sortie de la gare et effectuons un petit détour par la place Tian an men. Passage par l’hôtel du Palais Rouge où je réintègre la 206 pour ensuite dîner dans un resto japonais qui n’avait de japonais que le nom.

Soundcheck sans histoires dans la très belle salle Yugong Yishan. Nous optons pour une longue ballade autour du lac de Quianhai. Pas lents, calme malgré la foule alors que le jour s’en va doucement et que le froid redevient piquant. Nous découvrons le métro pékinois et Olivier essaye d’apprendre désespérément quelques mots en chinois pour le concert qui nous attend.

Arrivée à la salle, pleine à craquer. Se faufiler jusqu’aux loges et se concentrer. Serrer beaucoup de mains, électricité dans l’air. Nous emmenons un très bon concert, moiteur et énergie. Ovation. Ce public est incroyable. Il me faut fendre la foule afin de regagner la loge et je croule sous les mains tendues, les cris et les sourires. Les officiels nous courent après et je dois me planquer pour pouvoir prendre un verre tranquille. Derrière la salle trône un grand palais aux allures coloniales portugaises et rend l’atmosphère encore un peu plus étrange. Nous croisons beaucoup de belges et la ronde des photos et des autographes reprend de plus belle. Nous finirons par fermer le bar.

SEPTIÈME JOUR

Réveil en catastrophe à 8h11 alors que le rdv est à 8h30. 19 minutes pour tout boucler, douche et tout le truc. Surtout ne rien oublier. Nous quittons donc définitivement l’hôtel du palais rouge. Je suis dans le brouillard complet. Le temps est gris, pollution à fond la caisse. Le nez commence à piquer.

Direction aéroport pour le vol Air China. Bâtiment démesuré, contrôles de sécurité vraiment pointus, il y a un métro dans l’aéroport pour se rendre aux portes d’embarquements. Colossal. 2h de vol jusqu’à Xi’an, Olivier roupille et je montre Dumb Ways à Huiqui qui devient presque hystérique en jouant. Très marrant.

J’explique à Olivier qui s’est réveillé quelques trucs pour qu’il arrête d’égarer constamment ses affaires. Il sème un peu partout. Toujours avoir son passeport sur soi, la carte de l’hôtel, du cash, toujours ranger les mêmes affaires aux mêmes endroits pour éviter de les chercher et de paniquer. Je vois bien qu’il n’a pas les automatismes des tournées alors je l’encadre un peu. En plus il a un mauvais sens de l’orientation, il se perdrait facilement. Atterrissage un peu brutal et on sort. L’air est chaud et humide, tout le contraire de Pékin. Soleil et pollution, encore et toujours. C’est Alicia, une liégeoise, prof de français à l’université qui nous accueille. Très sympa. On voit que les expatriés aiment voir et recevoir des compatriotes.

On roule presque une heure pour arriver à l’hôtel, situé en plein cœur de Xi’an. La ville apparaît plus aérée, très ancienne, plus douce et chaleureuse que Pékin. Plus cool. Surtout ici c’est le printemps. On voit déjà des feuilles sur les arbres, des cerisiers en fleur. Il fait chaud. Hôtel froid et impersonnel mais j’aime bien la vue de la chambre sur une rue ancienne et bordélique, remplie de petites boutiques crasseuses. Par moment on dirait un peu l’Inde.

On ne s’attarde pas et on file manger un plat de nouilles dans du potage. Le calvaire nutritif d’Olivier se poursuit. Moi je mange très gras et très bien. Déjà 15 heures et une heure de route jusqu’à l’université. On traverse des quartiers fantômes, des hautes tours désertes avec rien autour. Beaucoup d’autres en construction. La lumière vire à nouveau au jaune gris. Nous a rejoint Nicolas, un français hyper sympa, directeur de l’alliance française ici à Xi’an. Il a déjà bourlingué dans pas mal d’alliances, telles celles de Lybie, de Mauritanie, d’Algérie. On discute durant tout le trajet. Ambiance détendue, on fait connaissance.

Le campus est démesurément grand, archi moderne et triste comme la pluie. Nous sommes reçus par le directeur de la faculté et un responsable du parti communiste. Qui est là pour vérifier que “tout se passe comme eux le veulent”. N’oublions pas que la Chine est une dictature. Grand amphi avec plus de 200 étudiants. Discours et courbettes d’usages et nous voilà en train de chanter à tour de rôle. Les étudiants clappent dans les mains. C’est bon enfant. Question réponses pendant deux heures sous l’œil attentif du membre du parti. On chante avec les étudiants et tout ça. C’est très enfantin, on ne se croirait pas dans une université. Immanquablement, la séance de photos interminables après l’atelier. A nouveau ils parlent très bien le français et posent des questions vraiment intéressantes. Pour ma part je suis rincé et j’ai les yeux qui piquent.

On sort. Genre à 10 mètres de nous, une limousine avec un mec en costard noir et des gardes du corps. C’est le directeur politique donc communiste de l’université. Il envoie un de ses sbires pour nous dire qu’il apprécie vraiment notre démarche et notre investissement pour les étudiants. Pas foutu de venir nous le dire lui-même. Nous renvoyons évidemment très poliment le compliment. De nouveau une heure de route pour revenir à l’hôtel, Alicia et Nicolas sont très contents de l’atelier et on commence à péter aux blagues. Chouette ambiance.

De retour à l’hôtel on dispose d’une demi-heure avant le souper. C’est l’alliance française qui invite. Je pars me balader seul jusqu’à la porte du tambour. C’est majestueux, coloré, très grand il y a des cerfs-volants partout et ils se perdent dans la brume polluée. La nuit est tombée. Souper sympa dans le centre en compagnie des mêmes plus le groupe français, toujours aussi peu expansif, pas méga sympa. Ils arrivent 3/4 d’heure en retard et partiront les premiers. Je pose plein de questions à Nicolas et Alicia, sur les programmes de cours, la méthodologie, l’organisation, … Certaines réponses sont pour le moins déconcertantes.

Nicolas nous propose une petite marche nocturne. Nous prenons congé de Huiqi et la direction de la porte du tambour. Illuminée, immense, superbe. On discute à bâtons rompus. Ensuite on prend la Rue Muslmane, un déluge de couleur, de lumière, d’enseignes, de bouffe, de boutiques. Incroyable. Les femmes sont voilées et il y a pas mal d’inscriptions en arabe. Très étrange. On erre une heure et demi dans le quartier musulman tout en poursuivant notre conversation, tantôt sérieuse tantôt déconnante. Nicolas nous raconte la Chine, le mariage, la route de la soie, les bons endroits à Xi’an (prononcer Sian).

Et on rentre à l’hôtel à minuit. Olivier était partant pour un dernier verre mais je lui ai conseillé de prendre un bain et d´aller se coucher. Il aura besoin de sa voix dans les jours qui viennent. Je découvre tellement de choses ici, je pourrais écrire un roman. Je ne m’attendais pas à un tel choc. Je me sens vraiment privilégié de vivre une telle expérience. Dire que c’est ma guitare qui m’a emmené jusqu’ici.

HUITIÈME JOUR

 

Matinée libre dans l’air doux de Xi’an. Huiqi m’emmène pour une longue marche sur les remparts médiévaux qui ceinturent la ville. L’atmosphère est très calme et marcher au hasard fait du bien. Nous filons à la salle où la routine reprend. Soundcheck, concert, dédicaces. Concert et audience un peu bof cette fois. Nous terminons dans un resto un peu miteux au milieu de nulle part. La pluie tombe. Pour s’achever au Belgian bar au pied des remparts. Adieux à Nicolas.

NEUVIÈME JOUR

Wuhan ce soir. Les concerts continuent à cartonner. Encore bourré massacre ce soir, 600 personnes et un très bon show. On ouvrait et on a mis la claque. Très bien joué, Olivier a fait ce qu’il fallait pour aller chercher le public. Séance de dédicaces et photos interminable à nouveau. On resserre les liens avec les Suisses. Le guitariste a eu un souci de cassage de corde et je l’ai dépanné. Je discute beaucoup avec les jeunes qui viennent demander des photos et des autographes. Outre leur gentillesse, ils posent des questions intéressantes et ils sont plutôt malins et cultivés. Ce que je vois ici c’est une jeunesse pleine d’entrain et d’envies. Curieuse et souriante. Très dynamique à défaut d’être critique. Et ils bossent dur à l’école. Ce sont des bosseurs qui n’ont pas peur. Par exemple, une jeune fille m’a dit que la chanson “La fin du monde” lui avait fait pensé à la mythologie grecque et à la guerre de Troie. Genre 16 ans la fille. Une autre plus ou moins du même âge m’a dit qu’elle retrouvait dans notre musique l’influence de Joy Division.

Salle de concert rock typique en plein centre-ville sur une longue avenue surplombée par des tours géantes. Encore plein de bières belges au bar. Ici c’est Cong Cong qui s’occupe de nous, une petite chinoise un peu enfantine mais qui gère le truc de main de maître. Efficace, rapide, elle anticipe tout, elle assure. Et toujours avec le sourire. Elle nous accompagne à Shanghai demain. Tout près de l’hôtel il y a un chien errant vraiment sympa, qui ressemble un peu à un coyote. J’ai sympathisé avec lui, il est tout doux et très gentil. Je lui ai donné des chocolats qu’on m’avait offert. Je ne sais plus où. J’aimerais bien avoir un chien comme lui. Demain je piquerai des trucs au déjeuner et j’irai lui filerai en douce. Je l’appelle coyote. J’espère qu’il sera dans le secteur demain à l’aube. J’essaierai de prendre une photo. Dans la salle il y avait un chat, qui vit là-bas. Un tabby. Très gentil, il est directement venu pour des caresses quand je l’ai appelé. Il a eu un petit massage et il ronronnait.

En arrivant ici à Wuhan, on a traversé le Yang tsé Kiang, le fleuve jaune dont Jean Gabin parle tout le temps dans le film “Un singe en hiver” avec Belmondo. Le rythme soutenu et tous les gens qu’on rencontre, les endroits qui défilent, les avions, les vans, tout ça commence un peu à se mélanger, on perd un peu le fil. Les souvenirs s’accumulent. On a mangé dans la rue ce soir alors que Huiqi nous l’avait formellement défendu. J’ai mangé le meilleur maïs grillé de toute ma vie, des aubergines, de l’agneau, du poisson. Un régal. C’est Cong Cong qui nous a invité gentiment au frais de la délégation suisse. Ce qui le manque le plus au niveau nourriture c’est simplement du pain et du fromage. On ne trouve pas ça ici. De retour à l’hôtel je me suis rendu compte que j’avais oublié le numéro de ma chambre.

DIXIÈME JOUR

Je déteste Shanghai. Je n’y suis que depuis quelques heures, j’ai beau être logé dans un de ses plus prestigieux hôtel, je déteste. C’est bu bling bling occidental dans toute sa laideur et sa superficialité. C’est un piège à touriste friqué nouveau riche et vulgaire. Je ne suis pas déçu car je m’y attendais. Je le redoutais et ça se vérifie. Il se trouve qu’aujourd’hui je sens vraiment la fatigue, plus que les autres jours. Aujourd’hui elle est plus forte que moi. Jusque-là j’avais toujours trouvé les ressources nécessaires pour passer au-dessus. Aujourd’hui c’est elle qui a gagné. A chaque fois dans les tournées que j’ai faites, il y un mauvais jour. Un jour où on n’est y pas, un jour de blues. C’est tombé aujourd’hui. Je pensais que c’était hier.

Wuhan m’est apparue triste et inhospitalière sous la pluie mais ça m’a motivé à donner un excellent concert. Le club était vraiment cool et on a passé une chouette soirée. La grisaille de la ville ne m’a pas découragé et au final malgré un décor un peu trash, cela restera un bon souvenir. Shanghai, c’est déjà foutu. En tout cas pour ce premier jour. On est parti en ballade avec les Suisses qui sont vraiment des gens biens, sympas, courtois, blagueurs, vraiment nickel. Un plaisir. On a erré dans des petites ruelles remplies de boutiques et c’est là que j’ai senti la fatigue et l’ennui. Il y a trop de touristes, trop de clinquant, bref je n’aime pas. Ça n’a pas le charme de Pékin ou Xi An. Je ne sais plus qui m’avait prévenu, tu verras Shanghai ce n’est pas vraiment la Chine. C’est vrai.

Ensuite on s’est offert tous ensembles un resto italien pour un peu changer, pas mal mais bon… J’observe un bateau de pirate éclairé par la mansarde. Je n’arrive pas à tenir les conversations. Ensuite Olivier a insisté pour un dernier verre. À contre cœur j’ai accompagné la troupe dans un club de blues avec un groupe de blacks qui joue des reprises devant un parterre d’occidentaux plein aux as. Ambiance de merde complètement fausse que je déteste. Je me suis demandé ce que je foutais là. Pour la première fois depuis le début du voyage. J’ai salué tout le monde et j’ai pris congé. Sur le chemin du retour le long de la rivière et de la skyline, je me suis fait accoster au moins 5 fois par des rabatteurs pour des prostituées. NO WAY !!! Deux mots magiques qui les éloignent sans leur laisser une chance d’insister. J’ai trouvé un endroit un peu désert au bord de la rivière pour regarder les bateaux qui remontent la rivière en prenant un large virage, avec leurs petites lumières rouges, pour me calmer un peu.

J’ai besoin de sommeil. Il reste encore deux journées plutôt éprouvantes, demain et samedi. Deux concerts, un voyage un avion, des horaires et des pressions à gérer. Et je tiens à terminer sur une bonne note, avec le sourire. Je suis content de repasser par Pékin avant de rentrer, heureusement qu’on ne termine pas sur cette ville. Allez j’arrête de me plaindre ici, je suis quand même un sacré veinard d’être là. Demain on se lève à l’aube pour tourner des chansons live en acoustique à l’extérieur, comme on l’avait fait à Pékin. La météo a prévu de la pluie. On verra bien. Je n’ai pas revu le chien errant de Wuhan. Il avait l’air si joyeux, je l’aimais bien. Juste faire dodo, récupérer et me réveiller en me disant que c’est vendredi et que c’est le dernier jour ici, qu’il y a de la bonne musique à faire. Après ce sera Pékin, qui signifie aussi étape finale et retour au pays. Je dois juste terminer le travail ici.

ONZIÈME JOUR

Levé à l’aube pour le tournage mais c’est la tempête et retour au lit. On filme à la sauvette quelques chansons dans nos chambres mais sans grand enthousiasme. Je zone dans la baignoire pendant une heure. Nous filons à la salle, immense et on enfile le soundcheck. Je me prends une longue promenade dans le campus et sa végétation de palmiers, le temps de photographier l’imposante statue de Mao.

J’erre entre les pavillons, sans but, rassemblant de l’énergie pour le show de ce soir. Qui sera très bon, sans doute le meilleur. Grosse ambiance et nous jouons le truc parfaitement. Je bois des bières seul dans le bar de l’hôtel, faisant vaguement causette à un touriste américain qui ne tient pas l’alcool. Je prends congé avant qu’il ne devienne agressif. Ce vieil hôtel me fait penser au Titanic. Un truc magnifique en train de couler.

DOUZIÈME JOUR

Hier après 4h de sommeil, décidément c’est devenu une habitude, long vol de Shanghai à Pékin. On y a retrouvé notre super sympa chauffeur Liu et Huiqi. Juste un saut à l’hôtel le temps de déposer nos affaires et direction le Birdnest, stade olympique. Je suis content de retrouver Pékin. On arrive donc au Birdnest, c’est Kolossal. On est là pour l’inauguration du foyer culturel. On y retrouve Mè Mè, de l’alliance française, une chinoise hyper marrante, qui a le même sens de l’humour que nous. L’humour chinois est très différent, ils ont tendance à ne pas comprendre l’ironie, le second degré.

Nous voici donc dans les entrailles de ce stade, dans les loges hyper luxueuses, à errer avec nos passes VIP. Des œuvres d’art partout, des buffets, des terrasses ouvertes sur l’intérieur du stade, c’est très impressionnant. On plie le soundcheck assez vite. A vrai dire on s’en fout un peu car on sait très bien que c’est de l’événementiel, que personne n’écoutera ce qu’on joue. On est là pour l’argent, ce truc est bien payé. Ceci dit je peaufine le son quand même car l’ingé-son semble avoir deux mains gauches.

Ensuite on visite le stade, on descend même sur la pelouse et c’est vraiment unique. 90.000 places. Des pies jacassent et on nous apprend que pour les chinois cela signifie un message de bonheur et de chance.  On picole au vin rouge, très bon d’ailleurs. Philippe et Myriam nous rejoignent et on plaisante beaucoup, ils sont plutôt rigolos. Séance photos depuis les loges VIP du stade. C’est plein de mecs en costard, de journalistes, et tout ça et on se demande ce qu’on fait la quand même un petit peu… En fait on jouera dans l’indifférence générale mais avec le sourire.

On se fait plaisir, on improvise des solos des trucs comme ça. Olivier est crevé et n’a presque plus de voix. Quel contraste par rapport à la date de Shanghai la vieille ou les gens étaient déchaînés, ou on a dû refuser du monde, ou il y a eu une mini émeute à la fin du concert quand Olivier est descendu dans le public pour des photos. Enfin soit. Le truc est bouclé. On nous paye cash et en euros.

La mission est accomplie. La tournée est finie. Je suis vraiment heureux que tout mon boulot préparatoire ait si bien fonctionné. Pas un seul souci technique ni rien. Le truc sonne plutôt bien. Après on a juste déposé les instruments à l’hôtel et on est parti boire des coups pour fêter ça. Nuit chaotique et très drôle. Retour en taxi apocalyptique et nuit improbable. C’était comme le relâchement de tout le stress engendré par cette tournée. Un très long voyage. Mission accomplie. Et je savais que cette journée de samedi allait être très chargée.

Demain c’est la Grande Muraille, la Colline au charbon et une dernière virée dans les hutongs.

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