Festival Francofaune : 5 concerts qui nous ont marqués

festivalfrancofaune

Klô Pelgag, une apparence excentrique opposée à une totale maîtrise de son jeu

Un parcours choisi, à travers plusieurs dates lors du Festival Francofaune, dans beaucoup d’endroits de Bruxelles. Une promotion de la diversité des artistes issus de la francophonie, des découvertes et des confirmations. Voici notre liste totalement subjective des 5 concerts qui nous ont marqués !

  1. Dick Annegarn

Une des premières soirées, en présence du grand Dick Annegarn, troubadour jongleur de mots et habile conteur. Il nous offre une sorte de conférence/exposé sur l’origine de ses inspirations. Qu’il s’agisse du folk américain, des work-songs à travers le monde, il illustre son propos par des vidéos projetées en fond de scène, tirées de sources YouTube, parfois de sa propre chaîne, bien nommée «La chaîne du verbe».

Le principe de cette récolte qu’il propose dans des playlists : il parcourt des villes en francophonie, et propose d’enregistrer dans un studio mobile (en caravane) des chansons de traditions anciennes, de l’enfance, parfois dans des patois et dialectes qui ne disparaîtront pas…

Lors du concert, le public est très participatif reprenant les refrains des chansons de cet amoureux des langues! Un échange plein d’esprit et d’humour.

2. Simon Daniel

Une belle part est accordée à quelques artistes canadiens, pas que québécois, il y a tant à puiser et ravir parmi nos cousins d’Outre-Atlantique. Notre proximité langagière et ce goût commun, sans doute, pour une certaine intensité, le propos décalé.

Des talents attachants, le rapport intime propre aux lieux plus petits est propice à une écoute et une immersion dans des univers accueillants, je prends pour exemple Simon Daniel, découvert il y a quelques mois en ouverture de Sacha Toorop… Il est du Nouveau-Brunswick, région bilingue. Ce n’est peut-être pas la raison pour laquelle on y retrouve un blues mélancolique, un compromis entre chaleur et fraîcheur, une sensibilité qui est d’une grande force… Cette intensité, je me répète, a ce quelque chose de familier, comme dans un abri réconfortant.

3. Albin de la Simone

Dans ce lieu où résonnent encore les noms de Barbara, Gainsbourg, mais également Pink Floyd ou Queen, le Théâtre 140 propose une élégante soirée. Avec Clare Louise et Albin de la Simone. Si la première est récemment arrivée dans un répertoire en français, instaurant un climat complice et doux, elle n’aura pas manqué d’enchanter le public venu nombreux se réjouir de la compagnie du second.

Le principe du tour de chant d’Albin & co est simple ; peu ou pas d’amplification, pas d’exubérance de lumières, une mise en scène sobre et efficace. Des petites histoires douces-amères, des équilibres entre gravité et légèreté, des parcours nostalgiques de sentiments d’abandon et de réjouissances posant des sourires aux auditeurs détendus. Il y a cette immanquable classe, la lueur perçant un ciel plus tout à fait gris.

Nous parlions déjà d’Albin de la Simone et de Clare Louise dans notre article “10 artistes francophones à suivre

4.  Daniel Hélin

Autre lieu, autre ambiance, à l’étage du ViaVia. Après le touche-à-tout fantasque Manu Louis et les post-metal-ados canadiens VioleTT Pi, nous retrouvons Daniel Hélin, ici dans une formule avec les Binamés (de René et Les Binamés, les Slugs…), un angle de vue plus punk et âpre. Le poète engagé, avec son débit rapide et sa bonhommie joyeuse, nous livre des brûlots comme autant de pavés dans la marre, une sorte de constat sur des situations belges qui coincent aux entournures, mais pas que…

Parfois des plaies sur lesquelles on appuie, ou ce fameux clou frappé encore et encore, par coups de riffs et d’impulsions électriques. Après une période d’absence, Daniel Hélin revient avec force et vigueur, n’ayant rien perdu de sa verve fleurie, qui est tout sauf naïve et désinvolte. On peut l’avouer sans peine, il porte une parole nécessaire et facétieuse (ce qui n’est pas incompatible)

5. Safia Nolin, Cloé du Trèfle et Klô Pelgag

Une dernière soirée, pour clôturer en féminité, des univers personnels, à travers Safia Nolin, Cloé du Trèfle et Klô Pelgag. Toutes trois dans un rapport que seule la Rotonde du Botanique permet. Safia Nolin, première Québécoise de la soirée, seule à la guitare, assez désarmante et au bord du fil fragile, qu’elle tend vers nous, en retenue et discrétion, beaucoup de coeur et de naturel.

Cloé du Trèfle, régionale de l’étape que nous connaissons bien, vient présenter son dernier album en date, «Entre l’infime et l’infini», accompagné de deux violoncellistes elle passe de sa guitare à son clavier et autres machines. Nous la sentons plus à l’aise, plaisantant par moments, ou développant quelques aventures, avec des arrangements bien transposés pour cette formule trio.

Klô Pelgag, dernière de cette édition du festival et dernière native du Canada, nous emporte comme par enchantement dans sa fantaisie, dans son entièreté, quelle densité! Elle et son full-band ont une grande consistance et il y a toujours ces particularités, que nous pourrions leur envier, cette faculté à sortir du cadre, à briser les rythmes, à nous surprendre au tournant. Il y a le paradoxe d’une apparence excentrique opposée à une totale maîtrise de son jeu, car il y a du vrai divertissement au sens premier dans sa prestation espiègle…

Cet article invité a été écrit par Vincent Vanhoutte. Il est passionné par la musique mais il est également auteur, comédien occasionel et ex-dessinateur. Il a réalisé les vidéos de cet article et filme pas mal d’autres concerts qu’il diffuse sur son compte YouTube

  •  
    78
    Partages
  • 78
  •  
  •  
Publié dans Actualités, Chroniques | Marqué avec , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Comment écrire une chanson? Le secret pour réussir est évident !

commentecrireunechanson

Claude Lemesle m’explique les bases pour bien écrire une chanson. Photo : Sophie Vinclaire

J’ai eu la chance de rencontrer Claude Lemesle dans son appartement parisien. Il m’a expliqué beaucoup de choses très intéressantes sur comment écrire une chanson! Dans son livre “L’art d’écrire une chanson” il partage d’ailleurs toutes ses techniques pour mieux écrire. Un bouquin qui m’a complètement renversé. Claude Lemesle a également accepté que je l’accompagne à la guitare sur La demoiselle de déshonneur (à voir en vidéo ici). Comme j’ai trouvé l’entretien très riche, j’en ai fait faire la transcription et j’ai décidé de la publier ici.

Transcription texte (littérale) de l’interview :

CLAUDE LEMESLE : Moi la seule chose qui m’intéresse chez un jeune qui désire écrire … c’est la passion ! Parce que c’est très difficile – encore une fois – d’écrire, donc s’il a pas la passion, ça ne marchera pas. S’il a la passion ben il va avoir la curiosité, justement, d’aller chercher toutes les informations, de lire les choses qui peuvent l’aider, d’écouter beaucoup aussi ! Pour pouvoir être en capacité de donner aux autres, il faut prendre beaucoup, il faut se nourrir beaucoup…Il faut avoir une grande culture de la chanson ! Moi tous les grands auteurs de la chanson que je connais, ils connaissent énormément de chanson par cœur, énormément. Comme ça ils emmagasinent énormément d’informations ils sentent bien, comment ça fait quoi… C’est l’essentiel la passion.
Et puis bon, c’est un petit peu aussi comme en sport, moi je suis un passionné de sport et de foot en particulier, il y a des joueurs dont on dit “il a l’instinct du butteur”, et c’est vrai ! Il y a des gens qui sont d’excellents joueurs mais qui marquent très peu de buts, ce n’est pas dans leurs qualités. Je crois qu’il y a un instinct de la chanson aussi, je crois que pour vraiment réussir dans le métier de l’écriture de chanson, il faut avoir cet instinct-là. Il y a des gens qui sentent bien la chanson, moi je les repère tout de suite dans un groupe, quand je fais des ateliers d’écriture.

OLIVIER JUPRELLE : Et vous les repérez à quoi alors ? Si vous pouviez mettre des mots dessus… ou alors non ? Vous le gardez pour vous ça peut-être ?

CLAUDE LEMESLE : Non ! Je ne le garde pas du tout pour moi. Ce livre est la preuve que je ne garde absolument rien pour moi.

Lien affilié pour vous procurer l’excellent livre de Claude Lemesle sur Amazon

OLIVIER JUPRELLE : Alors comment vous sentez… celui qui a…

CLAUDE LEMESLE : … mais ce n’est pas définissable…

OLIVIER JUPRELLE : Non parce que là c’est vraiment de la technique mais peut-être que justement celui qui a l’instinct…

CLAUDE LEMESLE : Mais c’est la seule chose qui peut se transmettre la technique, comment voulez-vous transmettre autre chose ? L’inspiration ça ne se transmet pas !

OLIVIER JUPRELLE : Bien-sûr, mais le fait que vous arriviez à sentir celui, dans un groupe qui n’a pas encore nécessairement acquis toute la technique, toute la connaissance mais vous sentez que lui, il a ce quelque chose, “l’instinct du butteur” ?

CLAUDE LEMESLE : C’est l’habitude, je ne peux pas le définir… Mon flair s’est aiguisé au fur et à mesure des années, je ne peux pas définir comment ça se passe, je n’en sais rien, je n’en sais absolument rien ! Pourquoi je le sens chez certains… Il y a des filles ou des garçons qui arrivent dans le groupe, qui paraissent aux yeux et aux oreilles des anciens nullissimes…  Nullissimes… Qu’aucun d’entre eux ne prendrait. Qu’aucun d’entre eux ne prendrait. Et moi je les prends parce que je sens qu’il y a quelque chose, mais vous dire pourquoi et comment ça se passe ? Je n’en sais absolument rien. Moi je me souviens avoir interrogé Jacques Canetti là-dessus, c’était le grand découvreur de talents des années 50 à Paris. Je lui avais dit “moi je connais les deux chansons que Jacques Brel vous avait envoyé, je les trouve très, très mauvaises…”. Moi qui suis un passionné de Jacques Brel mais c’était deux chansons à ses débuts, franchement celles-là elles n’étaient pas bonnes du tout. Et je lui dis :
“Comment vous avez fait, pour percevoir derrière ces deux chansons vraiment ratées, qu’il y avait un immense talent ?” Et il m’a répondu : “Pourquoi ? C’était évident.” Mais si je lui avais demandé d’expliquer pourquoi, il n’aurait pas pu, c’est évident c’est tout. Moi quand je vois ces talents-là, pour moi c’est évident, mais vous dire pour quelles raisons ? Je n’en sais absolument rien.

OLIVIER JUPRELLE : Ok, tout à fait, super.

CLAUDE LEMESLE : Au Canada un jour on était avec Mireille, parce que j’ai fait ce petit conservatoire de Mireille, et l’animateur de radio canadienne lui demande : “mais comment faites-vous pour repérer les talents des jeunes ?” Et la seule chose qu’elle a répondu, pour vous montrer que c’est indéfinissable : “Parce que je vois une petite lueur dans leurs yeux là.” Voilà! Mais ça, ça peut se voir chez les artistes mais chez les auteurs (rires) c’est devenu une petite lueur dans leur plume ? Leur stylo bille ? Non je n’en sais rien…

OLIVIER JUPRELLE : La passion c’est vraiment la base de tout quoi, sans passion c’est impossible et après la technique peut se développer mais il doit y avoir cette envie fulgurante…

CLAUDE LEMESLE : Ce n’est pas qu’elle peut se développer, elle doit ! Elle doit se développer. Oubliez pas ce que Brassens disait dans une de ses chansons “L’avait l’don, c’est vrai, j’en conviens, l’avait l’génie, mais sans technique, un don n’est rien qu’un’ sal’ manie.”

OLIVIER JUPRELLE : Vous en parlez aussi dans le livre ça !

CLAUDE LEMESLE : Les seules personnes que je ne prends pas à l’atelier mais c’est très rare, c’est les personnes qui me disent : “ah non, moi je n’écris que lorsque j’ai l’inspiration”. Alors je leur dis de suivre les ateliers de leur inspiration mais de ne pas venir chez moi…

OLIVIER JUPRELLE : Oui bien-sûr, parce qu’à partir du moment où il y a un atelier on est là pour justement développer une technique, une compétence et on n’attend pas que l’inspiration tombe du ciel.

CLAUDE LEMESLE : L’inspiration j’en parle dans mon livre, il y a un extrait, un très beau texte de Roger Caillois et c’est Jules Renard qui disait, « L’inspiration n’est sans doute que la joie d’écrire, elle ne la précède pas. ». Caillois dit très justement que c’est le poète qui crée l’inspiration, ce n’est pas l’inspiration qui crée le poète. C’est sûr et certain. Je cite une phrase assez marrante de Jean-Louis Murat…

OLIVIER JUPRELLE : Tout à fait, et je l’ai reprise d’ailleurs, je l’ai mise et attendez je vais la retrouver comme ça de mémoire, « L’inspiration c’est un truc inventé par les branleurs… », un truc comme ça ?

CLAUDE LEMESLE : “…par les branleurs sans talent.”

OLIVIER JUPRELLE : “…sans talent ” voilà c’est ça !

CLAUDE LEMESLE : Il faut qu’un auteur qui est devant sa feuille blanche se pénètre…de ce qu’il va devoir écrire !

OLIVIER JUPRELLE : Et vous parlez aussi de la routine, le fait d’écrire tous les jours, de vraiment enclencher la machine tous les jours…

CLAUDE LEMESLE : Ah il n’y a pas de routine ! Surtout pas !

OLIVIER JUPRELLE : Oui enfin je veux dire de trouver quand-même, d’être discipliné, tous les jours… C’est ça que j’entends par routine quoi… Mais en tout cas de tous les jours s’y mettre quoi. Voilà.

CLAUDE LEMESLE : Oui… Ben c’était Zola qui avait dans son bureau, je crois que c’était à Médan, dans sa maison de campagne. On peut toujours la voir d’ailleurs, une phrase latine : « Nulla dies sine linea »

(À l’unisson) : « Pas un jour sans une ligne. »

CLAUDE LEMESLE : (acquiescement) Eh oui. Vous savez c’est comme un chanteur qui va passer 3 ou 4 ans sans chanter. Après il va falloir qu’il retravaille drôlement sa voix pour que ça le fasse comme on dit aujourd’hui.

OLIVIER JUPRELLE : Oui tout à fait c’est comme le sport si on arrête il faut s’y remettre et c’est très dur le chant c’est la même chose c’est un muscle qu’il faut continuer à entraîner et donc l’écriture c’est la même chose c’est aussi un muscle en fait.

CLAUDE LEMESLE : Ben je dis toujours que l’écriture, c’est comme l’amour, plus on le fait plus on a envie de le faire. Voilà.

Publié dans Blog | Marqué avec , , | 2 commentaires

Défi de la rentrée : une reprise de votre choix en direct chaque jour à midi pendant 2 semaines

olivierjuprelle

En route vers mon nouveau défi

Du 11 au 22 septembre je vous donne rendez-vous à midi pile sur ma page Facebook pour une reprise guitare/voix d’un classique de la chanson française.

C’est vous qui choisirez le titre!

Chaque matin à 9h je ferai un tirage au sort dans vos propositions de reprises (recueillies sur mes réseaux sociaux). Le Facebook Live démarrera à midi pile. Ça me laissera très peu de temps pour concocter un arrangement guitare intéressant.

Une collaboration différente chaque jour!

Je ferai appel à un chanteur (ou une chanteuse) différent chaque jour pour m’accompagner dans l’interprétation. J’ai déjà eu l’occasion de le faire avec Maya (voir notre reprise de Michel Berger ici) ou avec Olybird (notre reprise de Gainsbourg ici).

Ici ce sera en direct, un nouveau cap, plus complexe car on ne pourra pas recommencer! L’artiste viendra chez moi un peu avant que ça démarre pour répéter une fois ou deux le morceau avant de lancer le direct.

Il y aura des places de concert et des disques de l’artiste invité à gagner à chaque fois. Vous pourrez également poser toutes vos questions à l’artiste à la fin du direct.

olivierjuprelle

Notre incroyable interprétation sans les mains de La Javanaise

Je partagerai avec vous mes réussites et mes échecs

Je ferai ça sur ce blog, en espérant tout de même arriver à mettre le défi en place, même s’il est ambitieux :

  • Techniquement : la mise en place d’un live musical avec un son de qualité n’est pas évidente. Il faudra aussi que je propose un éclairage correct.
  • Guitaristiquement j’aurai très peu de temps pour créer un arrangement intéressant. Les répétitions avec l’artiste invité seront courtes avant de lancer le live.
  • Ce sera ma première expérience Facebook Live. Plus compliqué car une fois la chanson lançée en direct, on devra aller jusqu’au bout, sans se tromper!
  • Je devrai accueillir l’artiste invité comme il faut, répondre aux questions des internautes, encourager à interagir. Tout ça en restant fluide! Et peut-être qu’il n’y aura pas grand monde pour regarder au début…
  • Je dois trouver 10 artistes qui accepteront de jouer le jeu. Il devront être disponibles pour venir jusque chez moi et apprendre à chanter une reprise en très peu de temps.

défi

Du lundi au vendredi à midi pétante!

Comme j’ai deux jeunes garçons à la maison ce sera impossible à mettre en place le weekend. Les diffusions en direct se feront donc du lundi au vendredi. Il sera possible de revoir les directs en reprise sur ma page Facebook. Je publierai également les chansons (pas le reste du direct) sur mon compte YouTube.

Si on a le temps j’essaierai pendant le live de reprendre également un titre du répertoire de l’artiste invité. Ce serait marrant qu’il le diffuse ensuite sur son propre compte YouTube. A voir si ça le branche! Ce serait un bel échange de procédé, une sorte de promotion croisée.

Les tutos guitare disponibles

Pour ceux qui aimeraient apprendre à jouer ces reprises à la guitare, et pour compléter ce défi déjà ambitieux, je diffuserai le tutoriel correspondant chaque jour sur mon nouveau blog (en construction) Brasero Guitare

Voilà, voilà, je pense avoir tout dit. Que penses-tu de mon défi? As-tu des suggestions d’artistes que je pourrais inviter? Dis-moi ça dans les commentaires Smile

A bientôt!

Olivier Juprelle, auteur/compositeur/interprète en chanson française et guitariste avant toute chose

Publié dans Blog | Marqué avec , , , , , , | Laisser un commentaire

Dario Mars and the Guillotines : une performance enflammée, presque apocalyptique!

dariomarsandtheguillotinesDe retour au Chênée Palace Studio dans lequel ils avaient enregistrés leur second album “The Last Soap Bubble Crash”, Dario Mars And The Guillotines m’ont demandé de passer filmer quelques images (oui, je fais ça aussi de temps à autre, à force d’arrondir les angles et d’amortir les coups sur d’autres tournages, j’ai appris sur le tas. J’ai réalisé mes propres clips, ça a fait du buzz dans la cage d’escalier de mon immeuble et certains artistes m’ont fait confiance comme ici Talisco).

J’avais déjà eu l’occasion de les filmer à l’Atelier 210 et je dois bien avouer que la puissance des guitares de Renaud Mayeur et la voix soul de Bineta Saware m’ont tapés dans l’oeil ! Je n’ose pas imaginer s’ils chantaient en français! Ce serait encore mieux. On peut toujours rêver 🙂

Une performance enflammée, presque apocalyptique, qui risque de vous brûler les yeux :

J’en ai profité pour filmer quelques images des coulisses et réaliser un petit vlog. C’est l’occasion de montrer que tout cela ne se fait pas tout seul et que j’ai pu compter sur un sérieux coup de pouce :

Quelques très belles photos de cette journée rock’n’roll ont été prises par Jérôme Derenne

olivierjuprelle

dariomarsandtheguillotines

dariomarsandtheguillotines

olivierjuprelle

Olivier Juprelle, guitariste, auteur/compositeur/interprète en chanson française. Je réalise de temps à autre des vidéos pour les artistes qui me tapent dans l’oeil !

Publié dans Blog | 2 commentaires

Serge Gainsbourg – La Javanaise – Reprise


Premier titre enregistré à Londres par Serge Gainsbourg, “La Javanaise” est, l’air de rien, une chanson plutôt sophistiquée.

Au niveau du texte avec des vers très brefs, un effet miroir infini (qui consiste à écouter une chanson que les amoureux écoutaient jadis et qui raconte comment ils s’aimaient avant quand ils écoutaient cette chanson), et un vouvoiement de sa partenaire.

Musicalement, avec un rythme de java en 3/4 (j’ai eu du mal à le jouer, tu peux le voir sur la vidéo trop marrante de nos plus beaux ratés avec Olybird), une mélodie valorisant les intervalles de secondes (mineures et majeures) et une grille d’accords riches (7ème, 9ème, sus4, dim) pour un rendu très élégant.

Celui qui connaissait et appréciait l’Ecole de Saint Germain des Prés a réussi un véritable chef d’oeuvre malgré un son original très anglais.
sergegainsbourg

Olivier Juprelle, guitariste, auteur/compositeur/interprète en chanson française

Publié dans Mes reprises | Laisser un commentaire

5 artistes qui auraient mieux fait de ne pas chanter en français

Les anglos saxons se moquent souvent de l’accent à couper au couteau de nos artistes francophones qui chantent en anglais. Qu’en est-il des anglophones qui tentent de chanter en français ? S’il existe des exceptions pour lesquelles l’accent prononcé apporte un certain charme aux chansons (« Je ne veux pas travailler » de Pink Martini), il faut bien reconnaître que la langue de Molière n’est pas nécessairement facile à chanter et l’exercice s’avère souvent casse-gueule.

  1. Wyclef Jean fait des fredaines

Ne me quitte pas n’est pas le titre le plus réussi de Brel. Et pourtant Dieu sait si j’adore Brel. Ecrite en 1959 (en pentasyllabes !) après sa séparation avec une maîtresse dont il était amoureux depuis des années, le grand Jacques « nous embarque avec lui dans la vérité tangible d’un moment de sa vie »*. Mais on ne pleurniche pas après une nana pour tenter de la récupérer! Quand c’est fini, c’est fini.  Édith Piaf disait d’ailleurs de cette chanson : « Un homme ne devrait pas chanter des trucs comme ça». Et Léo Ferré de surenchérir : « des perles de pluies venant d’un pays où il ne pleut pas, ça ne veut rien dire! ».

La version de Wyclef Jean, au parcours jusqu’ici irréprochable, ne convainc pas. D’abord par la production numérique et lisse, sans dynamique, aux antipodes de la version organique originale ; la boucle batterie funk parfaite et sans variation (même pas une cymbale, un contretemps ici ou là), l’horrible guitare (MIDI?), les « feel me, ahaha, listen to my guitar », le rap intenable en anglais à la fin.

Les passages vocaux à l’octave approximatifs, l’interprétation encore plus surjouée que celle de Brel et l’accent français du chanteur rendent le tout peu compréhensible.

Même pas envisageable pour accompagner le dîner.

  1. Michael Jackson fait un bide

Mickael Jackson, la dernière véritable star planétaire, chanteur et danseur incroyable dont le répertoire ne vieillit peut-être pas aussi bien que d’autres de la même époque, nous fait l’honneur de chanter en français mais on ne comprend pas grand-chose en dehors des refrains. Dommage.

  1. David Bowie vire sa cuti

L’homme qui a chanté Amsterdam (dans une version traduite en anglais) a tous les droits. Père de famille accompli dans la seconde partie de sa vie revendiquant l’improductivité de l’usage de stupéfiant dans le processus de création, David Bowie nous propose une version en français de son tube Heroes. Au-delà de l’incompréhensibilité générale du titre on se rend compte à quel point le français et l’anglais ne « swinguent » pas de manière identique, une question d’accent tonique.

  1. Chris Cornell tombe dans le 36éme dessous

Je viens d’apprendre le décès inopiné du chanteur de Soundgarden (ça fait un choc, j’avais échangé quelques mots avec lui en 2007 dans les loges du Pukkelpop). Au-delà d’une carrière hallucinante et pour se détendre un peu voici une version en français de son titre “Can’t change me”. Chanter en français ne fut pas sa meilleure idée. Peu importe, le reste de sa discographie est plus pertinent! On pense à lui.

  1. Robbie Williams fait long feu

Il sait que ses derniers albums ne sont pas bons. Celui qui comprend les paroles des couplets peut m’envoyer un mail ! Pour rire au coin du feu.

Il est temps d’être sérieux et d’écouter des titres où la langue française est au mieux de sa forme : https://www.olivierjuprelle.com/10-artistes-francophones-a-suivre-en-2017/

Es-tu d’accord avec cette liste? Existe-t-il d’autres exemples de chanteurs qui auraient mieux fait de ne pas chanter en français? Dis-moi ce que tu en penses dans les commentaires!

Olivier Juprelle

* Claude Lemesle – “L’art d’écrire une chanson” – p. 143

Publié dans Blog | Laisser un commentaire

Emmanuel Macron : l’extinction de notre culture francophone est en marche !

emmanuelmacron

Emmanuel Macron a déclaré que la culture française n’existe pas, que l’art français il ne l’a jamais vu.  Cela voudrait dire qu’il n’y a pas de langue française mais une langue en France qui serait multiple. La langue française est pourtant la sève de notre singularité. C’est une langue qui est parlée partout dans le monde, c’est un lien social qui nous permet de nous comprendre, de partager, de ne pas être étrangers les uns aux autres. C’est aussi une manière de penser.

La culture francophone est un bien commun que je porte dans mon cœur, que l’on se doit tous d’enrichir. Elle n’est pas immuable et son développement trouve ses origines dans un ingénieux mélange de notre histoire. Dire qu’il n’y a pas de culture française c’est nier tout cet héritage, c’est soutenir l’emprise du marché sur la culture, c’est considérer nos particularismes comme des produits manufacturés. La culture doit rester une exception du marché et la culture francophone une exception culturelle. C’est un rempart contre l’uniformisation provoquée par la mondialisation et par la prédominance des industries culturelles américaines.

Charles Baudelaire en parlait déjà au 19ème siècle : “La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien, parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou antinaturelles des utopistes, ne pourra être comparé à ses résultats positifs.”

Face à lui le Front National, qui pour le coup, revendique clairement dans son programme la volonté de valoriser le patrimoine français au maximum. Même au super maximum avec un risque clair d’isolement, de ghettoïsation.
L’équilibre se situe selon moi entre les deux, dans la croyance en nos saveurs, nos atmosphères, nos savoir-faire particuliers sans tomber pour autant dans la discrimination positive. C’est une véritable chance pour notre développement et notre rayonnement international.

L’approche dogmatique, matérialiste, d’Emmanuel Macron appauvrit notre patrimoine et notre industrie culturelle. Elle nous soumet aux lois du marché et nous empêche de redevenir exportateurs de culture. Avec Emmanuel Macron, l’extinction de notre précieuse et irremplaçable culture francophone est en marche !

Pour découvrir les perles de notre patrimoine francophone, je t’invite à lire l’article 10 artistes francophones a suivre en 2017

Question du jour, dis-moi dans les commentaires ce que tu penses de la position des deux candidats à l’élection présidentielle sur le patrimoine culturel francophone ? Je t’avoue être un peu désespéré! C’est ça aussi la communauté de ce blog, être en connexion les uns avec les autres et c’est souvent dans les commentaires que je reçois les meilleures suggestions.

Merci!

Olivier Juprelle
Guitariste, auteur-compositeur-interprète en chanson française

Voici la vidéo dans laquelle je parle de cette problématique :

Publié dans Réflexions | Laisser un commentaire

Comment être original quand on est artiste?

commentetreoriginal

Comment faire pour être original quand on est artiste, sortir du lot, plaire, avoir un petit plus, amener quelque chose de neuf, que l’on a pas encore vu et/ou entendu, qui accroche l’oreille et/ou la vue ?

Est-ce si compliqué d’écrire une chanson originale ?

De prime abord, cela nous paraît très simple : on enregistre des sons pour faire une basse rythmique qui au fond rappellent des bruits de chantier et on mixe le tout avec un quelconque bruit de moteur. On obtient alors une chanson qui n’a jamais été entendue auparavant.

Est-ce si compliqué de se comporter d’une manière nouvelle ?

Il suffirait, pour être bien remarqué visuellement, de se présenter complètement nu sur scène et de faire tout le concert sans se rhabiller. Evidemment, cela suppose que cela n’a jamais été fait, que c’est « neuf ».

Si l’on se penche sur cette chanson faite avec des bruits divers juxtaposés et plus ou moins ficelés en une « chanson », on peut se demander quelles sont les chances dans ces conditions d’avoir un grand succès. D’abord, on va penser qu’il n’y en a aucune parce que ça n’a pas l’air très sérieux. Pourtant, la dérision permet de se sentir libéré et le public peut être très sensible à cet effet de fraîcheur, comme en témoignent les succès historiques de Jacques Dutronc. De son côté, l’artiste qui écrit sans prendre ses compositions au sérieux peut se sentir libéré d’un poids énorme, qui est celui qui s’attache au fantasme de la création, qui est excessivement et pesamment « sérieux ». L’artiste peut alors prendre un certain recul par rapport à ce qu’il fait et c’est une force qu’il ne faut pas négliger.

Il se peut aussi que ça ne fonctionne pas du tout, le public n’y trouvant aucun repère, ne sachant pas identifier ce qu’il entend. Il y a donc là une relation très intéressante entre l’imitation et la création. Le groupe qui veut se démarquer avec du neuf se place d’emblée, qu’il le veuille ou non, dans une perspective historique, c’est-à-dire qu’il ne veut pas dans une première approche, être considéré comme un « clone » mais ne peut pas non plus s’empêcher d’imiter. Car les gens, artistes ou public, ont besoin de se rattacher à quelque chose qu’ils connaissent, qui existe déjà : tout le monde a besoin de repères. En créant une musique trop éloignée de ces repères, on perd les auditeurs et ça ne « mord » pas. Un groupe doit faire du neuf par rapport à ce qui existe, à ce que les gens ont l’habitude d’entendre, du neuf sans perdre le contact avec ce qui est déjà là. Il faut écrire des chansons qui ressemblent à quelque chose et on ne ressemble jamais à quelqu’un ou à quelque chose qui n’existe pas. Cette question de ressemblance est essentielle, parce qu’elle renvoie à une question de communauté, de famille, d’appartenance : lors des réunions de famille par exemple, on dit que quelqu’un ressemble à son père, à sa grand-mère ou à son oncle, bref, à quelqu’un qui le précède, qui était là avant lui. Les repères, le langage, l’air de famille, c’est l’appartenance à une communauté[1]. Le sentiment d’appartenance – dont le contraire est mieux connu : « l’exclusion » – est le souci majeur de notre époque. Il se fait que ce sentiment est conforté par la pratique musicale : autrefois, lorsqu’une communauté se réunissait et que les gens s’amusaient entre eux, ils avaient l’habitude de chanter ensemble, ou à tour de rôle, des chansons de leur répertoire familial ou communautaire ; c’est toute la question de la folk music, c’est-à-dire littéralement la musique pour les miens (« my folks » veut dire « mes parents »). Cette coutume de chanter ensemble des chansons identitaires s’est presque totalement perdue maintenant. Pourtant, le simple fait de chanter les chansons que l’on connaît nous rappelle des souvenirs communs et donc d’autant plus émouvants. En transposant cela dans le registre de la musique de masse, on retrouve quelque chose de cette charge affective : certaines chansons peuvent ainsi rappeler son enfance, son premier flirt, une période précise de vacances, une séparation, un disque que l’on a reçu où que l’on a offert, etc. La musique peut donc se charger d’une grande affectivité.

commentetreoriginalLa question de l’originalité (dans le style musical comme dans l’image globale) qui constitue mon propos peut donc être interprétée en termes de rapport à l’histoire, même si la présence de l’histoire n’est pas perçue comme telle. Le groupe doit être original pour être identifié et cette identification doit être fermement établie ; mais cette originalité ne peut pas être totalement dissociée de toute référence à ce qui existe déjà, au risque de verser dans la banalisation. Là se situe le problème fondamental. En effet, l’originalité a toujours quelque chose d’exceptionnel et cette « exceptionnalité » n’est pas toujours facilement décodable. Comment créer la surprise sans être vain ? Quelqu’un qui, comme Jacques Dutronc, composerait aujourd’hui une chanson du genre 500 millions de chinois et moi et moi et moi[2], ne surprendra plus autant car ce genre a tellement été fait que ce n’est plus exceptionnel, ça a été banalisé. Il y a donc une complicité objective entre l’expérimentation, c’est-à-dire le morceau qui semble arriver de nulle part, qui n’a jamais été entendu auparavant, que l’on ne sait rattacher à rien, mais qui fait un tabac et l’authenticité personnelle qui est en fait l’originalité absolue, le morceau de musique écrit par quelqu’un qui ne veut pas qu’on y touche. Dans les deux cas c’est exceptionnel, irréductible, singulier, imprévisible et c’est ça le drame : les groupes veulent être exceptionnels, singuliers et originaux et en même temps, ils ne veulent pas être n’importe quoi : ils cherchent des repères, ils cherchent une poésie nouvelle dans un langage ancien.

Avec l’accélération de l’histoire due au pouvoir des nouvelles technologies (enregistrement, diffusion, capitalisation et ré-écoute à volonté), le problème est que cette poésie nouvelle ne peut négocier sa nouveauté qu’en détruisant le langage ancien. En fait, c’est pour cela que la question de l’originalité prend un tel relief. Personnellement, cela m’est très souvent arrivé de composer une chanson que je trouvais totalement originale sur le moment et puis de la réécouter le lendemain et de me dire que « ce n’est vraiment pas terrible ». Mais le pire, le coup de grâce par excellence, c’est de faire écouter une chanson que l’on vient d’écrire et que l’on trouve « de feu » à une connaissance qui nous dit : « Ça ressemble à fond à… Ça me fait penser à mort à… Cette idée-là, tu l’a piquée sur le dernier album de… » ou encore : « on sent tes influences… ». Ce qui semblait original tombe alors vite dans la banalité, c’est la grande déception.

Pourtant l’originalité à l’origine n’existe pas. On n’est jamais original avant de commencer à apprendre le métier. On est original lorsqu’on parvient à se démarquer de quelque chose qui existe déjà, ce qui suppose tout un travail, tout un parcours. Il est donc normal de ressembler à quelqu’un d’autre. Mais comme personne ne veut être la face B d’un artiste connu, il faudra alors aller encore plus loin. Paradoxalement, l’histoire nous permet alors de nous situer pour mieux se démarquer. Car nous avons écouté les disques des autres et ceux-ci nous influencent dans notre manière de composer, ne fût-ce que par l’utilisation de la gamme majeure, de suites d’accords ou de sons déjà entendus. Le tout consiste alors à ne pas leur être tout à fait identique. Le paradoxe est qu’il faille d’abord accepter totalement de n’être qu’un imitateur, surtout dans les premières années d’apprentissage d’un instrument de musique et celles des premières compositions et qu’il faille ensuite – non pas s’obliger à être original de manière négative, en surveillant et en censurant les influences trop détectables – mais oublier qu’on imite, et se dire tant pis !… En faisant le pari que quelque chose d’original sortira de soi-même. Ce n’est qu’au prix de ce paradoxe, que l’originalité s’accompagnera d’authenticité, c’est-à-dire d’un « sens » qui puisse à la fois renvoyer à des repères communs et, parlant la langue de tous, dire quelque chose qu’on est le seul à avoir à dire.

En conclusion les artistes se situent par rapport à des acquis et donc une certaine tradition et c’est par rapport à cela qu’ils vont négocier leur identité. Rien ne sert d’être original pour être original car le public a besoin d’un minimum de repères. La question est alors de faire mieux que ses prédécesseurs, tout en inventant de nouvelles significations à ce « faire mieux ».

Olivier Juprelle, guitariste, auteur/compositeur/interprète en chanson française

[1] « La culture populaire est à elle-même invisible, elle n’a pas de distance en elle-même ; elle ne sait pas qu’elle est ‘populaire’, qu’elle est une ‘culture’ ou encore qu’elle véhicule l’identité et la mémoire d’une communauté (clan, tribu, peuple, etc.). De prime abord et le plus souvent, elle accède à une telle identité comme étant la ‘sienne’, par différenciation d’avec des ennemis tutélaires, les voisins d’en face, ceux de l’île au large, ceux d’une autre couleur, d’une langue, bref d’une autre identité-mémoire. […] La culture populaire est une culture qui ne se sait pas, qui ne passe pas par la médiation scripturale pour se présenter à elle-même comme dans la ‘culture savante’ : elle est tout entière dans le comment-vivre-ensemble : comment parler, comment rire, comment pleurer, comment faire la cuisine, comment manger, comment boire et se saouler, comment pleurer ses morts et les enterrer, comment se comporter selon son sexe, comment se marier, faire l’amour, faire et élever des enfants… chacune de ces activités identifie, à l’intérieur d’un vaste système de significations formant contrepoint entre elles, l’âme’, c’est-à-dire la mémoire et l’identité d’un groupe. » (Pierobon, 2001, 118 et 120)
[2] Chanson écrite par Jacques Dutronc qui voulait relever le défi de composer une chanson en 5 minutes.
Publié dans Réflexions | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

8 conseils clés pour bien FILMER un CONCERT

filmerunconcert

Le groupe TALISCO m’a demandé d’immortaliser leur concert à Bruxelles

Lorsqu’un artiste me propose de filmer un concert j’ai beaucoup de mal à dire non parce que j’adore faire ça. C’est pourtant un nouveau défi à chaque fois. Filmer un concert est loin d’être évident, surtout quand les budgets sont serrés. Il faut être créatif pour contourner les contraintes budgétaires et très organisé pour pouvoir mieux improviser le jour du tournage. Je partage avec toi aujourd’hui 10 conseils clés pour que ta captation de concert soit une réussite.

1. Simplicité

Un multicam de concert c’est le chaos. Je le dis à chaque fois mais quand tu filmes un concert c’est inutile de vouloir faire du cinéma. Le plus simple = le plus efficace = le meilleur résultat et SURTOUT le moins de temps en postproduction.

Découpage simple, mise en place simple. KISS comme disent les anglais : Keep It Simple Stupid. Une profession de foi ! Amen.

2. Bien choisir ses cadreurs

C’est eux qui vont faire toute la différence. J’ai eu l’occasion de travailler avec des cadreurs qui n’auraient pas réussi leur examen d’entrée à l’ERG et d’autres qui étaient diplômés de l’INSAS en tant que chef opérateur. Évidemment, la matière que tu vas recevoir au final et avec laquelle tu vas travailler sera totalement différente.

Il y a toujours des exceptions mais les bons cadreurs sont souvent bien équipés. Engage les avec :

  • Un boîtier full frame
  • Une ou plusieurs optiques série L stabilisée(s) verticale et horizontale
  • Une ou plusieurs cartes 64 Go
  • Des batteries de rechange
  • Et surtout un PIED ! Le nombre de mecs qui ont un boitier incroyable et qui n’ont pas de pied.

Un boîtier sans pied c’est comme un bon vin sans verre, un poème sans tristesse ou un guépard sans vitesse. Il faut un bon pied les gars, un bon pied !

3. Réussir ses contacts avec les interlocuteurs du concert

  • La régie. Tu as besoin de praticables à hauteur de scène pour pouvoir filmer les artistes à angle plat et un accès à ces praticables avec des marches sécurisées
  • L’ingé son. C’est lui qui va t’aider à enregistrer le son du concert. C’est aussi important, si pas plus, que l’image.
  • Le régisseur lumières. Il va falloir négocier avec lui pour avoir assez de niveau sur scène. Un cours en négociation préalable n’est pas superflu 🙂
  • La production du concert. C’est la production qui va te donner l’accès à un parking, une loge équipée avec une table et de l’électricité, des boissons et des snacks, une clé pour fermer la loge et des tickets repas.
filmerunconcert

Négociation avec le régisseur du concert de Talisco pour pouvoir placer un praticable dans la fosse. C’est le seul moyen de filmer les artistes à angle plat mais ça gêne souvent le public… Il faut donc trouver un compromis !

4. Filmer les balances

C’est mon petit truc à moi. La grande difficulté de la captation de concert c’est qu’on ne peut pas choisir le décor ni refaire la prise. Avec le public dans la salle, une fois le concert lancé on ne peut pas tout arrêter.

Filmer les balances permet d’augmenter le nombre d’angles sans gêner le public pendant le concert tout en restant dans une enveloppe budgétaire raisonnable. Pour Talisco nous étions 3 cadreurs et sur le montage final il y a 12 axes.

L’idée est de filmer tout ce qui n’est pas possible pendant le concert, c’est-à-dire les plans rapprochés, pour lesquels les cadreurs doivent être sur scène.

Pour être honnête ça marche une fois sur deux. L’artiste doit jouer le jeu. Il faut que le titre filmé soit joué au click, et ça il faut vraiment le vérifier en amont, en direct avec l’artiste. Les plans visage ne seront pas vraiment raccord, même si les artistes sont de bons comédiens, ils ne transpireront pas autant et auront moins d’énergie qu’avec le public dans la salle. Mieux vaut filmer les mains des musiciens. Attention, ils doivent porter exactement les mêmes vêtements, sinon la magie ne fonctionnera pas !

Une bonne source de plans de coupe : filmer les mains des artistes pendant les balances

5. Des horaires précis

Mon conseil principal : compter large. Il va y avoir des contretemps, du matériel défectueux ou manquant, des retards dans les balances, il faudra improviser sur le moment. Au mieux on est préparé au mieux on peut réagir. Prévoir un horaire avec une vraie pause pour manger, du temps pour vider les cartes et surtout pour se concentrer avant que ça démarre.

6. Prévoir une réunion avec les cadreurs

C’est important pour régler les boîtiers. Comme chacun a apporté le sien il faut ajuster les réglages pour ne pas trop galérer à l’étalonnage. L’idéal étant de demander aux cadreurs de le faire la veille mais il faut tout de même vérifier à chaque fois que c’est en ordre. Voici mes réglages pour un DSLR Canon :

  • 1920/25
  • Netteté : 0
  • Contraste : -4
  • Saturation : -2
  • Teinte : 0
  • Régler date et heure
  • Activer le son
  • Faire une balance des blancs

Tu pourras également leur communiquer tes envies en tant que réalisateur au niveau du cadre, des valeurs de plan que tu attends. Pour ça le mieux c’est de dessiner des croquis. Tu pourras ensuite leur expliquer tes attentes au niveau des mouvements de caméra. A l’épaule, rock’n’ roll qui bouge, statique ou avec un léger mouvement bien stable.

filmerunconcert

Le genre de croquis que j’utilise pour communiquer de manière plus efficace avec mes cadreurs

 

7. Rédiger un contrat

On l’oublie souvent, dans la précipitation des préparatifs, mais la répartition des droits et le montant du cachet doivent être négociés avant le tournage. Cela se fera en fonction de la licence d’exploitation de ces droits. Et le ping pong entre spécialistes juridique peut parfois prendre plusieurs jours.

Une journée de 12h t’attend. Ton matériel peut être cassé ou volé, tu auras ensuite un gros travail de synchro, de transcodage et puis de montage. C’est du gros taf qui demande une maîtrise réelle, une prise de risque. L’artiste va se servir des images pour gagner en visibilité. Ca va lui rapporter de l’argent. Il ne faut donc pas travailler au rabais. C’est une pratique courante dans le milieu de la musique.

La vidéo de concert est en plein boom. Le festival Coachella diffuse aujourd’hui 2 weekends de concerts en direct sur YouTube. Beaucoup d’artistes ont compris l’impact de la vidéo de concert dans leur communication. Tout le monde y gagne. Il ne faut donc pas sous-estimer ton savoir-faire. C’est l’artiste qui a de la chance de travailler avec toi et pas le contraire 🙂

8. Rédiger un rider technique

C’est un truc que j’ai compris avec l’expérience et qui me fait gagner beaucoup de temps en préparation. Le document rassemble tous les besoins d’un multicam (enfin presque tous). En l’utilisant tu n’oublieras rien et tout sera rassemblé dans un seul mail. Ça montrera ton professionnalisme pour démarrer sur une bonne note.

Voici un lien vers le rider que j’ai rédigé et que j’utilise à chaque fois. C’est gratuit! N’hésite pas à le compléter avec tes besoins et envoie-le à la salle dès que tu peux :

Clique ici pour télécharger mon rider technique spécial captation vidéo de concert

Et toi, quels sont tes envies lorsque tu filmes un concert ou lorsque tu as envie que ton concert soit filmé ? As-tu une anecdote, un conseil à partager ? Raconte-moi ça dans un commentaire, je les lis tous et j’y réponds à chaque fois!

A bientôt !

filmerunconcert

 

Olivier Juprelle, auteur/compositeur/interprète en chanson française et guitariste avant toute chose. A force d’amortir les coups sur les tournages de mes propres clips j’ai appris sur le tas et je réalise parfois des vidéos pour les artistes qui me font confiance, comme ici pour Dario Mars & The Guillotines, Talisco ou Saint-André

Publié dans Tutoriels | Marqué avec , , , , , | Laisser un commentaire

10 artistes à suivre en 2017

artistesasuivre
 22/03/2017 – Article invité : Vincent Vanhoutte

LA SEMAINE DE LA FRANCOPHONIE bat son plein. Après mon article sur les 5 bonnes raisons de chanter en français il me semblait cohérent de proposer une sélection totalement subjective des 10 artistes à suivre en 2017. Artistes chantant en français, fallait-il encore le préciser?

  1. Albin de la Simone

De la douceur, une sorte de candeur parfois, pas mal d’humour entre les lignes. Jeux de sons et accords posés par ce claviériste compositeur attachant. Des petites histoires sur le temps qui file, sur les relations entre les êtres.

2. Camille 

Elle irrite ou elle suscite la curiosité. Dans l’expérimentation, cette chercheuse revient avec l’album «OUÏ» en juin. Tout en rythmique, elle continuera à créer de nouveaux territoires, parsemés de surprises.

3. Ivan Tirtiaux

Quelques dates à venir, présentant un nouveau répertoire pour l’album qui arrive. Ce jongleur de mots poétiques, sur des airs chaloupés riches en inspirations métissées propose une chaleur acoustique.

4. Fishbach

Parfois on aimerait se méfier des sensations du moment, mais on se laisse emporter par la voix particulière. Les nappes de synthés, les beats et riffs pop 80’s ne sont pas adressés qu’aux nostalgiques.

5. La Féline

Cela fait un moment qu’on l’observe du coin de l’œil, son dernier album Triomphe la met plus en lumière. Loins de l’ironie de ce titre, les compositions soutiennent avec classe les beaux textes, un univers délicat, parfois sombre, parfois aventureux… à suivre.

6. Benjamin Schoos

Fort de ses vingt ans de carrière, il vient faire un bilan et nous exposer dans une célébration de cette durée un éventail de ce parcours. Autrefois en anglais sous le nom Miam Monster Miam, cet hyperactif touche-à-tout a plus d’un tour dans son back-catalogue.

7. Témé Tan

Une jeune pousse qui pourrait devenir grande, ce bricoleur transforme le morose en comptine obstinante, fraîche et colorée. Attention ça risque de rester dans le fond de l’oreille.

8. Calypso Valois

Peut-on être «fille de» et ne rien en faire? En l’occurence la fille de Elli et Jacno est d’abord comédienne, elle prouvera bientôt avec un album qu’il y avait de belles idées à creuser…

9. Sacha Toorop

Encore de la tendresse, un spleen romantique… il revient après presque 10 ans d’absence sous son seul nom. Il nous embarque dans son voyage, et nous ravit par cette finesse, cette sincérité!

10. Clare Louise

Une autre voie à tracer, cette fois en français. S’il y a une base folk, elle joue en formule quatuor, privilégiant toujours les atmosphères intimes. Un nouveau départ?

Et toi? Dis-moi ce que tu penses de notre liste dans les commentaires. Quels sont tes coups de coeur francophones du moment?

vincentvanhoutteVincent Vanhoutte est passionné par la musique mais il est également auteur, comédien occasionel et ex-dessinateur. Il filme pas mal de concerts et les diffuse sur son compte YouTube https://www.youtube.com/v7nce

Publié dans Blog | Marqué avec , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire